Mois : juin 2018

Cette semaine, on va délaisser un peu nos premières amours et se jeter dans les bras de l’écriture sous contrainte avec un exercice d’écriture oulipienne. Je vous présente les 99 notes préparatoires.

99 notes préparatoires, qu’est-ce que c’est ?

La réponse est dans la question mais, comme je suis aimable, je vais quand même détailler un peu. Il s’agit de choisir un sujet et d’écrire… suspense… 99 choses sur ce sujet. L’intérêt ou, en tout cas, ce qui rend cet exercice d’écriture oulipienne très fun, c’est que ces notes n’ont pas à être cohérentes, pertinentes, ni même sérieuses.

On peut évidemment choisir de traiter l’exercice de façon “scientifique”, avec application et rigueur, en n’écrivant que des choses sérieuses et vraies, en classant méthodiquement ses notes par thème… Ou on peut, et c’est l’option que j’ai choisie, l’aborder en freestyle et écrire les idées comme elles viennent, sans se soucier de les lier entre elles, sans se priver de faire quelques jeux de mots et en osant même un brin d’irrévérence.

L’OULIPO, ou OUvroir de LIttérature POtentielle, ajoute que l’exercice s’apparente à une tentative d’épuisement d’un sujet.

Voici par exemple les 99 notes préparatoires au végétarisme que j’avais déjà présentées dans un précédent article.

99 notes préparatoires au végétarisme

L’intérêt de cet exercice d’écriture oulipienne

Il y a des sujets qui inspirent plus que d’autres et pour certains, il faudra se creuser la tête pour trouver des choses à écrire. C’est justement ce qui nous intéresse avec cet exercice d’écriture oulipienne : se creuser les méninges, triturer son sujet, le retourner dans tous les sens et trouver de la matière, de nouvelles pistes, de nouvelles idées, des points de vue auxquels on aurait pas pensé.

L’obligation de quantité implique qu’il y aura du déchet. Il peut en effet être difficile d’écrire 99 choses pertinentes et intéressantes sur un même sujet. Mais il y aura aussi des pépites et des surprises. Car pour réussir l’exercice, on est obligé de sortir des sentiers battus, de sa zone de confort, pour aller explorer de nouvelles contrées : jouer avec les mots, se laisser porter par les sons, chercher la contradiction, argumenter, soulever des questions… Il faudra aller chercher les idées qui ne veulent pas fuser. Et il faudra les écrire. Les écrire de façon à ce qu’elles servent notre propos et nos intentions.

un homme tient un bloc-notes et un crayon. Visiblement il réfléchit à ce qu'il va écrire

Se creuser la tête sur son bloc-notes

Préparatoires de quoi ?

Les 99 notes préparatoires peuvent tout à fait se suffire à elles-même et consistent déjà en un exercice d’écriture oulipienne très intéressant. Elles peuvent également être une bonne base de préparation pour la rédaction d’un projet plus conséquent. En plus d’ouvrir de nouvelles perspectives sur un sujet donné, elles peuvent aider à organiser ses idées, à structurer sa pensée. On peut, après avoir jeté sauvagement 99 notes sur le papier, les regrouper, les développer, les retravailler, les déplacer, les trier, les couper, les coller, bref, continuer à les malmener pour en tirer le meilleur.

Dit comme ça, ça paraît plus cruel que ça ne l’est vraiment. Rassurez-vous, pendant la rédaction de cet article aucune note n’a été maltraitée.

Recevoir les exercices d’écriture par e-mail

Merci de votre partage

Cette semaine, je vous propose un exercice d’écriture ludique qui peut se révéler à la fois délicat et amusant. J’impose un handicap à votre personnage : le mutisme. C’est un bon exercice et cela peut amener à des situations assez cocasses. Mais avant de vous proposer l’exercice à proprement parler, je vous donne mon point de vue sur l’introduction d’un élément perturbateur ou d’un bouleversement de votre environnement ou, plus précisément, sur l’inutilité de l’expliquer.

De la nécessité de poser une situation narrative sans l’expliquer

Je sais pas vous, mais moi, la plupart du temps, ce n’est pas le comment, que je trouve intéressant, ni même le pourquoi, mais bel et bien le résultat. Par exemple, dans Walking Dead, je me fous royalement du pourquoi du comment de l’apparition des zombies ; ce qui m’intéresse, ce sont les conséquences de cette situation apocalyptique sur le monde et les survivants. En gros, on place des personnages dans une situation et on voit comment ça évolue. La situation n’est alors qu’un prétexte à l’histoire et l’expliquer peut nuire gravement à notre santé et à celle de nos lecteur⋅ices.

Intéresser le lecteur/la lectrice

L’explication peut s’avérer décevante pour le lecteur. C’est bien connu, ne pas savoir est bien plus terrible que de savoir, car on peut tout imaginer. Il vaut donc mieux laisser le lecteur bosser un peu pour combler les trous qu’on aura volontairement laissés. L’impliquer est un bon moyen de maintenir son intérêt et il sera d’autant plus attaché à notre histoire qu’il y aura mis son grain de sel en y projetant ses idées, ses craintes, ses envies…

Libérer l’auteur⋅rice

Autre atout non négligeable, l’absence d’explication laisse le champ libre à l’auteur. Par exemple, dans la série The Leftovers, le fait de ne pas savoir comment et pourquoi 2% de la population ont disparu augmente l’intensité dramatique et exacerbe la mélancolie des 98% d’humains restants. Cette ignorance ronge les personnages, rendant leur deuil impossible, les plongeant dans la tristesse et la folie. Elle permet à l’auteur de jouer avec les nerfs du lecteur en mélangeant le réel, l’imaginaire et le surnaturel. Elle est le prétexte de toutes les choses incroyables qu’il fait faire aux personnages. Elle donne un relief à l’histoire, une saveur qu’on n’aurait sans doute pas avec un récit basé sur le simple deuil.

Éviter les incohérences

Sans compter le risque de s’empêtrer dans les détails alambiqués, d’en oublier en route et de glisser involontairement des incohérences et des aberrations dans notre récit. Ou comment trop d’explication tue l’explication.

Ce qu’il faut retenir, c’est que si certaines histoires ne reposent que sur le comment on en est arrivé là (et s’arrêtent une fois la situation posée, laissant le lecteur ou le spectateur imaginer sa propre fin), le plus souvent, expliquer la situation n’apporte rien, au contraire. L’explication ralentit, l’explication déçoit, l’explication ennuie, l’explication bride.

L’exercice d’écriture ludique de la semaine

Pour cet exercice, ce qui m’intéresse, c’est le fait que votre personnage ne parle plus. Pourquoi ? Comment ? Libre à vous, si cela vous amuse, d’expliquer la situation ou de laisser planer le mystère. Comme ça, on n’a même pas à se fatiguer à imaginer une raison. Qu’il n’en ait plus la volonté ou la capacité, là encore peu importe. L’intérêt de cet exercice ne repose pas sur le contenu, mais plutôt sur “Comment je vais, par mon écriture, permettre à mon personnage de s’exprimer sans parler”. Le mutisme nous oblige à travailler la description des attitudes, des gestes, des expressions du visage, ce qui n’est pas si facile.

Je n’impose ni ne propose de contexte. Toutefois, dans votre récit, votre personnage devra évidemment être confronté à la nécessité de s’exprimer. Ben oui, si c’est pour décrire une forêt, l’exercice n’a aucun intérêt. Qu’il réussisse ou échoue à se faire comprendre, que la scène soit dramatique ou comique, cela importe peu. L’objectif de cet exercice d’écriture  ludique n’est pas la réussite de votre personnage, mais la vôtre, en tant qu’auteur, à transmettre précisément et exactement ce que vous voulez exprimer.

Le mutisme est un exercice d’écriture intéressant qui oblige à écrire autrement, à décrire au lieu de faire dire. Pincemi, le personnage que j’ai longtemps joué, a été muette à deux reprises, pour des raisons différentes et, à chaque fois, ce fut un bon entraînement,  j’ai beaucoup appris et je me suis bien amusée. Bref, un vrai exercice d’écriture ludique.

Maintenant… Silence, et à vous de jouer.

Bouche maquillée fermée par une fermeture éclair

Bouche cousue

Recevoir les exercices d’écriture par mail

Merci de votre partage

Ça y est, normalement, si tout va bien et si vous avez bossé un peu, on a un contexte et un personnage, et les choses sérieuses vont pouvoir commencer et on peut attaquer un premier vrai exercice d’écriture.

Mettre son personnage en situation

Pour pouvoir démarrer une histoire, il faut une situation. Un lieu, un mot, une motivation, un objectif, un souvenir… tout peut servir de point de départ. Par exemple, si on décide que notre histoire se passe dans un bar, on a plusieurs pistes qui s’offrent à nous. On peut imaginer ma quadra coincée éprise de liberté attablée avec une copine, en train de siroter un thé ou un verre de Chardonnay et de lui avouer, mi gênée mi exaltée, qu’elle se sent attirée par un jeune homme de son association. Ou avec le jeune homme en question. On pourrait alors réfléchir aux circonstances qui les ont amenés à se retrouver à prendre un verre dans un bar. Sont-ils tous les deux ? Y a-t-il d’autres personnes avec eux ? S’agit-il d’une scène de séduction ? L’attirance est-elle consciente ? Ou inconsciente ?Si on démarre l’histoire en partant d’un souvenir de Victoria, on peut alors décrire sa jeunesse (combien elle était populaire, sa relation avec son petit ami, la nouvelle de sa grossesse, comment elle l’a annoncée à ses parents et/ou à son petit copain…) et ses regrets.

Une consigne d’écriture pour s’inspirer

La contrainte est un bon exercice d’écriture, car elle permet de donner une direction et d’ouvrir des portes à son inspiration. Elle permet également de travailler un point précis de son écriture : transmettre une émotion, améliorer ses descriptions, s’exercer à rédiger en vers, travailler le rythme et les sons… On peut avoir des contraintes de forme (comme celles de l’OULIPO), ou des contraintes de fond. Un peu à la façon des rédactions de notre jeunesse, beaucoup à la façon du jeu de rôle ou d’un livre dont vous êtes le héros, on propose une situation, un endroit, une émotion… tout ce qui peut servir de support, de guide à l’écriture. “Vous voyez une grotte. Vous décidez d’y entrer. Vous avancez prudemment quand tout à coup…”.

Pour le deuxième exercice d’écriture que je vous propose, je vous laisse maître⋅sse de la situation dans laquelle vous souhaitez placer votre personnage.

L’exercice d’écriture #2

Beaucoup de gens écrivent en écoutant de la musique. Ils y puisent l’inspiration, les bonnes conditions pour écrire… Parfois, c’est juste une phrase, qui peut nous inspirer. Pour cet exercice, j’ai sélectionné un passage d’une chanson de Mylène Farmer, des mots qui m’ont marquée à l’adolescence et qui ne m’ont jamais quittée. Je vous propose de vous en imprégner, d’en imprégner votre texte et d’écrire sur le paradoxe et la dualité. Aucune contrainte de longueur, juste votre libre interprétation de ces quelques vers.

Vous me découvrez blafarde

Fixée à vos yeux si tendre

Je pourrais bien par mégarde

D’un ciseau les fendre

symbole yin yang représentant la dualité

Le yin et le yang, symbole de notre dualité

 

De ce paradoxe

Je ne suis complice

Souffrez qu’une autre

En moi se glisse

N’hésitez pas à publier vos textes en commentaire ou à me les envoyer. Je publierai ma participation avant ou avec l’exercice #3.

À vos stylos et prenez du plaisir !

Merci de votre partage