Catégorie : Exercices d’écriture oulipienne

Depuis trop longtemps relégué au rang de procédé stylistique littéraire cucul et démodé, le poème est pourtant un moyen d’expression créatif. La poésie n’est pas obligatoirement niaise, naïve ou béate. Elle peut se révéler violente, brutale, agressive, érotique, désespérée ou taquine. Il ne s’agit pas que de louer la beauté des fleurs et des prés mais plutôt de dire des choses avec les pieds.

La liberté de ton

On a tendance à voir la poésie comme un art naïf et hébété célébrant la beauté, la nature et la beauté de la nature. Un bon gros cornet de barbapapa rose à la guimauve enrobé de sucre et dégoulinant de miel. Si cette forme littéraire est effectivement propice à la célébration de l’amour et de la beauté de Dame Nature, elle sert aussi de voix aux coeurs tristes, aux âmes révoltées ou aux moqueries facétieuses de prétendant⋅es éconduit⋅es. On peut citer deux exemples évidents parmi les plus célèbres, le torturé Rimbaud et le mélancolique Baudelaire, qui expriment souffrance, laideur, beauté et cruauté dans leurs œuvres. Et si les chansons ne sont que des poèmes chantés, alors le rap n’est rien d’autre que de la poésie énervée.

Un moyen d’expression créatif

La poésie est un art dont les règles peuvent rebuter. Compter les pieds, les vers, les strophes, choisir les rimes croisées ou embrassées, composer en décasyllabes ou en alexandrins sont autant de contraintes dont on a le droit de s’affranchir. On n’est certainement pas obligé⋅e de faire rimer, ni même de compter ses pieds. Voyez plutôt ça comme des contraintes oulipiennes qu’on choisit, ou non, de s’imposer. « Tiens, aujourd’hui, je vais composer un sonnet en rimes croisées et demain, je ferai des alexandrins« . Essayer de les respecter peut compliquer la tâche, mais c’est aussi un bon moyen de travailler et de progresser. « Mince, ce mot fait trois pieds, il rend mon vers bancal, je dois en trouver un autre qui n’en fera que deux si je veux respecter la métrique ». Une chose que j’aime particulièrement quand j’écris, c’est me laisser guider par les sonorités. Rimes et allitérations sont de chouettes sources d’inspiration.

Rédiger un poème en vers et contre tout

Pour cet exercice, je ne vais pas imposer des contraintes trop sévères car le but reste le plaisir. Je vous propose de choisir le sujet que vous voulez, le ton que vous souhaitez et d’en faire un poème. Candide, passionné et énervé, sur l’amour, la mort ou le camembert, ça n’a aucune importance. Ma seule consigne sera des vers de six pieds en rimes. Pour vous inspirer ou vous amuser, je vous propose quelques poèmes que j’ai rédigés, dans des styles divers et variés, en commençant par l’extrait d’un poème érotique écrit à quatre mains en vers de six pieds et en rimes (justement).

Le sang coule et Vredha
Gourmande, se repaît
De ce met délicat
À qui elle s’offrait
Son menton est souillé
Son souffle est exalté
Elle ne peut arrêter
De boire ce lycan
Son sang si différent
Est-ce parce qu’il est loup ?
Parce qu’il a le coeur doux ?
Vredha veut à tout prix
Que cet homme devienne sien
Par les crocs ou les reins
Pourvu qu’ils soient unis
Extrait d’un poème érotique rédigé à quatre mains

Voici un poème sur le Maroilles

Un poème érotique inspiré par un vers de Ronsard

Un poème féministe

Un autre

Un rap énervé

Une ode à la tristesse

Un poème sur la maternité

Et quelques autres. Vous pouvez tous les retrouver ici, si le cœur vous en dit.

Vous pouvez mettre un lien vers votre texte en commentaire ou me l’envoyer par mail avec vos éventuelles remarques et questions. Et surtout, amusez-vous !

Merci de votre partage

La réécriture est un exercice courant. Ludique et pédagogique, il guide le fond et permet de s’amuser sur la forme.

La réécriture : hommage ou parodie ?

Il existe plusieurs façon de réécrire un texte. Il n’y en a pas de bonnes ou de mauvaises. Il y a seulement plusieurs façons de faire, en fonction du ton, du propos, de l’objectif, des circonstances. On peut parodier un texte en détournant son propos. On peut écrire son propre texte en gardant l’esprit et le ton de la chanson. Ou on peut carrément virer le texte, garder la mélodie,  y apposer ses propres mots, son propre thème et faire d’une chanson triste une ode à la joie, ou d’une chanson commerciale un texte engagé et enragé.

C’est un exercice d’écriture qui se pratique beaucoup au cours des célébrations familiales (mariages, anniversaires…). Il permet de dire en ces circonstances particulièrement propices ce qu’on n’ose pas dire le reste de l’année. Il offre également de belles émotions, que ce soit une franche rigolade avec des textes comiques, ou une émotion bouleversante avec des textes tendres et poétiques.

En bref, la réécriture est une façon originale et sympathique de faire passer un message.

Stylo plume abandonné sur une partition

Écrire une chanson

La mélodie : une douce camisole

Le reste étant laissé à notre libre appréciation, la mélodie est donc la seule véritable contrainte de cet exercice d’écriture et le rythme imposé par les paroles originales est un carcan dont on se défait difficilement, au risque de dénaturer le rythme de la chanson d’origine et de perdre l’effet escompté. Il est donc important, à la façon des poète⋅sses, de compter ses pieds et d’en avoir peu ou prou le même nombre que le modèle. Par exemple :

Ne me quitte pas” devient “Mais putain, casse-toi” = ça marche.

Allez venez, Milord” devient “Si vous voulez bien vous donner la peine de me suivre” = ça ne marche pas.

L’exercice d’écriture de la semaine

J’ai pratiqué la réécriture de chanson à plusieurs reprises, avec à chaque fois un plaisir non dissimulé. Britney Spears, le Grand Orchestre du Splendid et sa célèbre Salsa du Démon, Diane Tell… J’ai pris mon pied à varier les thèmes et les univers. La clé de mon plaisir réside, je crois, dans le fait que ces chansons m’ont inspirée à un moment donné et que j’ai eu envie de m’en servir pour m’exprimer. C’est pour cette raison que je ne vais pas imposer, ni même proposer une chanson. Je vous laisse seul⋅e maître⋅sse à bord. Choisissez une chanson et laissez-vous porter par la mélodie, par les mots, par le sens, par ce qui vous touche en elle, et rendez-lui l’hommage vibrant ou la mise au pilori qu’elle mérite.

Merci de votre partage

Cette semaine, on va délaisser un peu nos premières amours et se jeter dans les bras de l’écriture sous contrainte avec un exercice d’écriture oulipienne. Je vous présente les 99 notes préparatoires.

99 notes préparatoires, qu’est-ce que c’est ?

La réponse est dans la question mais, comme je suis aimable, je vais quand même détailler un peu. Il s’agit de choisir un sujet et d’écrire… suspense… 99 choses sur ce sujet. L’intérêt ou, en tout cas, ce qui rend cet exercice d’écriture oulipienne très fun, c’est que ces notes n’ont pas à être cohérentes, pertinentes, ni même sérieuses.

On peut évidemment choisir de traiter l’exercice de façon “scientifique”, avec application et rigueur, en n’écrivant que des choses sérieuses et vraies, en classant méthodiquement ses notes par thème… Ou on peut, et c’est l’option que j’ai choisie, l’aborder en freestyle et écrire les idées comme elles viennent, sans se soucier de les lier entre elles, sans se priver de faire quelques jeux de mots et en osant même un brin d’irrévérence.

L’OULIPO, ou OUvroir de LIttérature POtentielle, ajoute que l’exercice s’apparente à une tentative d’épuisement d’un sujet.

Voici par exemple les 99 notes préparatoires au végétarisme que j’avais déjà présentées dans un précédent article.

99 notes préparatoires au végétarisme

L’intérêt de cet exercice d’écriture oulipienne

Il y a des sujets qui inspirent plus que d’autres et pour certains, il faudra se creuser la tête pour trouver des choses à écrire. C’est justement ce qui nous intéresse avec cet exercice d’écriture oulipienne : se creuser les méninges, triturer son sujet, le retourner dans tous les sens et trouver de la matière, de nouvelles pistes, de nouvelles idées, des points de vue auxquels on aurait pas pensé.

L’obligation de quantité implique qu’il y aura du déchet. Il peut en effet être difficile d’écrire 99 choses pertinentes et intéressantes sur un même sujet. Mais il y aura aussi des pépites et des surprises. Car pour réussir l’exercice, on est obligé de sortir des sentiers battus, de sa zone de confort, pour aller explorer de nouvelles contrées : jouer avec les mots, se laisser porter par les sons, chercher la contradiction, argumenter, soulever des questions… Il faudra aller chercher les idées qui ne veulent pas fuser. Et il faudra les écrire. Les écrire de façon à ce qu’elles servent notre propos et nos intentions.

un homme tient un bloc-notes et un crayon. Visiblement il réfléchit à ce qu'il va écrire

Se creuser la tête sur son bloc-notes

Préparatoires de quoi ?

Les 99 notes préparatoires peuvent tout à fait se suffire à elles-même et consistent déjà en un exercice d’écriture oulipienne très intéressant. Elles peuvent également être une bonne base de préparation pour la rédaction d’un projet plus conséquent. En plus d’ouvrir de nouvelles perspectives sur un sujet donné, elles peuvent aider à organiser ses idées, à structurer sa pensée. On peut, après avoir jeté sauvagement 99 notes sur le papier, les regrouper, les développer, les retravailler, les déplacer, les trier, les couper, les coller, bref, continuer à les malmener pour en tirer le meilleur.

Dit comme ça, ça paraît plus cruel que ça ne l’est vraiment. Rassurez-vous, pendant la rédaction de cet article aucune note n’a été maltraitée.

Recevoir les exercices d’écriture par e-mail

Merci de votre partage