Catégorie : Divers

 

L’inventoire, une revue d’écriture en ligne, présente chaque quinzaine des propositions d’écriture, basées sur des extraits de romans. Je me garde certains thèmes passés sous le coude car ils m’inspirent vraiment. On peut retrouver ma participation à l’un d’eux sur le site de l’Inventoire. Ce genre d’exercice, qui consistait à rédiger un souvenir d’enfant en s’adressant à notre personnage, constitue un bon support d’écriture, que ce soit pour s’exercer ou pour explorer de nouveaux styles.

 

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Inspirée par une baronne sur Twitter qui prône l’élégance du langage et proscrit la vulgarité, j’ai eu l’idée de revoir ma copie pour le texte J’ai du poil aux pattes, qui est, je l’avoue, truffé de gros mots et de grossièretés. Une jeune fille sympathique qualifie d’ailleurs mon style de « cru ». Je lui concède et je reconnais aimer manier un style quelque peu grossier. Jamais gratuit, le gros mot donne du poids à certains propos, permet de choquer pour obtenir et retenir l’attention, de marquer les esprits. Je me plais à écrire des choses brutales pour servir un propos fort, et parce qu’on ne s’enveloppe pas de douceur pour parler de violence.

Je pensais donc, en m’attaquant à cette réécriture version langage soutenu, que mon texte allait virer à la parodie et que ce style ne collerait pas. C’est mal intentionnée que j’ai abordé ce projet. Parce que finalement, la distance et l’élégance qu’impose un langage châtié, loin d’adoucir le propos, créent un décalage tout aussi puissant.

Alors merci Baronne, pour avoir ouvert un peu plus mon esprit et mes options.

Je suis aristocrate

J’ai du poil aux pattes

Même si après le bal masqué

J’expose ma croupe à vos baisers

Je ne suis pas une domestique

Quand bien même la mouche me pique

Très cher, sans mon accord

Pas de vit dans mon corps

Bien qu’affublée d’un titre

Je garde mon libre arbitre

Aussi quand vous rajustez

Mon corset en dentelle

Montrez moi du respect

Ou la baronne offensée

Élégante et rebelle

Pourrait vous coller un soufflet

Je

Veux juste la liberté

Être traitée comme je le permets

Être noble, pas être carmélite

Être émancipée

N’est pas être excentrique

Je

Veux juste la sécurité

Pouvoir être belle

Sans l’avoir mérité

Ce corset serré

N’est pas un appel

Je

Veux juste l’adelphité

Que le roi

N’ait pas droit de cuissage sur moi

Qu’on ne me marie guère

Au baron pour des terres

Être écoutée

Autrement qu’en secret

Que la féminité

Ne me relègue pas

À conseillère de l’ombre

Ou de l’oreiller

Qu’à la lumière je puisse me montrer avisée

Et si je refuse votre compagnie

Mon très cher ami, vous serez gentil

De ne pas être violent

De ne pas m’insulter

De ne point me briser les dents

Bien sûr, de ne pas vous plaindre

De vous montrer décent

De ne guère me contraindre

Ou nuire à l’intégrité

Ni de mon corps

Ni de mon âme

Poussée par un acte infâme

À vouloir m’offrir à la mort

Votre légitime frustration

Ne saurait obscurcir votre raison

Vous serez vite consolé

Mais un coït imposé

Pourrait me laisser brisée

Je

Veux juste la liberté

Être traitée comme je le permets

Être noble, pas être carmélite

Être émancipée

N’est pas être excentrique

Je

Veux juste la sécurité

Pouvoir être belle

Sans l’avoir mérité

Ce corset serré

N’est pas un appel

Je

Veux juste l’adelphité

Que le roi

N’ai pas droit de cuissage sur moi

Qu’on ne me marie guère

Au baron pour des terres

Être écoutée

Autrement qu’en secret

Que la féminité

Ne me relègue pas

À conseillère de l’ombre

Ou de l’oreiller

Qu’à la lumière je puisse me montrer avisée

Très cher ami, mon accord

Vous exhortant à y aller plus fort

Que ce soit dans mon boudoir

Ou après un bal au manoir

Ainsi que mon manque d’empressement

À vouloir convoler

Ne signifie absolument

Pas que je suis une prostituée

Ni que j’ai tous les vices

Ou que je couve une chaude pisse

Mais que conquise par votre sourire

Ou votre esprit, j’ai désiré

Pour une nuit nous offrir

Quelques heures de volupté

Parce que je suis libre

De faire tout ce qui me plait.

Doublure Stylo, féministe discrète, élégante et subtile

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Il faut croire que les poils m’inspirent, car si ça continue je vais en faire un recueil ! Après J’ai du poil aux pattes, qui parle surtout de la vulnérabilité des femmes, voici « J’ai du poil sous les bras », sur le droit de ne pas se conformer aux modèles et standards féminins imposés par la société, le droit d’être différente et imparfaite, d’être belle parce qu’on est soi-même.

 

J’ai du poil aux pattes

Du poil sous les bras

Le ch’veu un peu gras

Des bourrelets sympa

Ailes de chauve souris

Tombant sous les bras

Pas de beaux habits

J’aime mieux les sketba

J’mets pas de talons

Que des pantalons

J’m’habille comme un sac

Sauf pour mon mari

Pour les autres morbacs

J’me fous d’être jolie

 

Je

Suis une femme

Imparfaite

Pas refaite

 

J’ai

Une âme

J’suis pas qu’une jupette

Une paire de gambettes

 

J’ai des cicatrices

Et puis des varices

Je suis la matrice

Et ça laisse des traces

J’ai des p’tits kilos

En vrai ils sont gros

Et ils sont en trop

Je suis un peu grasse

J’ai des p’tits boutons

Un poil au menton

Des rides sur le front

Le nez un peu rond

Des yeux bleus tout cons

Du sébum en masse

 

Je

Suis une femme

Imparfaite

Pas refaite

 

J’ai

Du charme

Une tête bien faite

Pas trop bête

 

Ces foutus défauts

N’affectent pas trop

Ma féminité

Quand je mets mon haut

Mon mari a chaud

Mon buste est parfait

Ces foutus défauts

N’altèrent pas trop

Ma féminité

J’suis quand même jolie

Puisque je te l’dis

Même pas toshopée

Ces foutus défauts

Je les aime pas trop

Mais faut accepter

Alors ne pointe pas

Ton vilain gros doigt

Pour les désigner

Et puis toi aussi

T’es pas bien joli⋅e

Tu t’es bien r’gardé⋅e

 

Je

Suis une femme

 

Je

Suis un homme

 

Je

Suis humain⋅e, en somme

 

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Je ne suis pas féministe, parce que je ne me reconnais pas dans cette mouvance, et parce que je préfère être humaniste et me soucier aussi du sort fait aux gros⋅ses, aux noir⋅e⋅s et aux pédé⋅e⋅s (oui, l’écriture inclusive, c’est compliqué, mais moins que le passage à l’euro. Vous verrez, vous vous y ferez… et moi aussi).

Mais chaque fois que j’entends « Mais tu as vu comment elle était habillée, aussi ? Elle l’a bien cherché », je bondis. Quand une jeune fille a honte de demander une protection hygiénique, je m’insurge contre cette société qui nous apprend à avoir honte de quelque chose qu’on ne peut pas contrôler et qui est aussi naturel que respirer.

Alors comme à chaque fois qu’un sujet me touche, me parle, me fait gerber, j’écris.

Petit message à la société :

Je suis délicate

J’ai du poil aux pattes

Et quand on s’éclate

J’me mets à quatre pattes

Mais j’suis pas ta pute

Même si j’suis en rut

Tu dois demander

Si tu veux m’baiser

Et ne pas renier

Ma putain d’liberté

En m’traitant de traînée

Sitôt rhabillés

Parce que même délicate

Si je trouve une batte

Ta p’tite gueule j’l’éclate

Comme une primaire primate

 

Je

Veux juste la liberté

Être traitée comme je le permets

Être payée comme je le mérite

Pas moins cher

Ou bien à coups de bite

 

Je

Veux juste la sécurité

Pouvoir être belle

Sans l’avoir mérité

Cette jupe échancrée

N’est pas un appel

 

Je

Veux juste l’adelphité

Pouvoir exister

Sans avoir à me battre

Qu’on n’me méprise pas

Parce que j’ai une chatte

 

Être écoutée

Sans avoir à crier

Que la féminité

Ne soit plus un handicap

Ne sois plus un danger

Que la misofolie soit bel et bien finie

 

Et si j’dis non

Garçon tu es prié

De n’pas être violent

De ne pas m’insulter

De contrôler ton gland

De ne pas me forcer

De n’pas briser mon corps

De n’pas briser ma vie

De n’pas tuer en moi toute envie

Sauf celle de me donner la mort

Tu peux être vexé

Tu peux être frustré

Ça t’donne pas le droit de me bafouer

Tu survivras, tu sais

Mais si tu forces

Moi, peut-être pas.

 

Je

Veux juste la sécurité

Pouvoir être belle

Sans l’avoir mérité

Cette jupe échancrée

N’est pas un appel

 

Je

Veux juste l’adelphité

Pouvoir exister

Sans avoir à me battre

Qu’on n’me méprise pas

Parce que j’ai une chatte

 

Être écoutée

Sans avoir à crier

Que la féminité

Ne soit plus un handicap

Ne sois plus un danger

Que la misofolie soit bel et bien finie

 

Chéri, si j’te dis oui

Qu’on baise à la folie

Que ce soit dans un lit

Ou dans une boite de nuit

Que de toi j’n’attends rien

Pas même un lendemain

Ce n’est pas parce que j’suis

Une salope finie

Une pute bon marché

Usine à MST

Mais parce que tu m’plaisais

Et que j’ai eu envie

Juste pour une nuit

Avec toi d’m’allonger

Parce que je suis libre

De faire ce qui me plait.

 

Doublure Stylo, féministe refoulée, grossière et blasée

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Cette année, les Geek Faëries ne sont pas desservies par la SNCF. Des travaux empêcheront les trains de circuler justement ce week-end là. VDM

 

SNCF, c’est possible, mais pas cette fois

Le festival, qui avait déjà fait les frais d’une inondation l’année dernière, serait-il maudit ? Pas de train, et pas de bus de remplacement non plus. La SNCF, qui est moins avare de suggestions que de trains, préconise de partir le vendredi soir et de rentrer le lundi matin. J’espère que vous avez gardé des RTT. Heureusement, il reste le covoiturage.

Ce festival n’est pas confidentiel, si ? J’imagine pourtant bien Jean-Pierre Pernaut en parler au  journal de 13h.

 

Si Pernaut en parlait, qu’est-ce que ça donnerait ?

« Aujourd’hui, nous nous rendons à Selles-sur-Cher, pour parler d’un événement insolite, les Geek Faëries. Ce festival, où l’on peut croiser Princesse Peach, Bob Lennon le Pyrobarbare, des trolls, Frodon, ou encore Mr Spock, s’y déroule chaque année depuis mai 2010. Un reportage signé Gandalf le Blanc :

Les geeks, ce sont ces asociaux barbus qui ne se lavent pas et ne décollent le nez de leur pc que pour réchauffer une pizza au micro-ondes. Visiblement pas si asociaux que ça, il leur arrive, une fois par an, de quitter le confort d’irc (et là, c’est DansTonChat qui pleure… ah bah non, puisqu’ils y sont !) pour se retrouver en événement massivement multijoueur IRL.

**commentaire en voix off** IRL, mais déguisés. Sont vraiment dans leur monde, ces putains de geeks **/commentaire en voix off**

Créateurs, auteurs, youtubeurs, programmeurs et autres trucs en -eurs, et -euses, parce que si, il y en a, se rencontrent au château de Selles-sur-Cher pour partager leur(s) passion(s) et découvrir celle(s) des autres, pour apprendre les uns des autres et s’inspirer mutuellement. Les exposants offrent leur passion, se présentent, viennent rencontrer les festivaliers, qui, costumés ou pas, affluent maintenant par milliers.

Merci Gandalf !

 

Je veux plonger au coeur de cette communauté chelou mais sympa

En tout cas, SNCF ou pas, cette année, moi, j’y vais. Ce sera ma première fois et je suis aussi nerveuse et excitée qu’une pucelle le soir du bal de promo. En plus, j’économise un billet de train qui aurait sans doute grandement nui à mon intégrité dermo-fessière. Et comme la communauté est plus forte que la fatalité, la twittosphère n’a même pas eu le temps de retweeter ma détresse qu’une âme geek charitable me proposait deux places dans sa geekmobile (au risque de briser des cœurs, oui, je suis accompagnée). Le camping est réservé, les billets sont imprimés. Reste à décider si je me déguise ou pas. Je pensais à une plume, pour représenter la calligraphie et l’écriture, mais j’sais pas… J’le sens pas.

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Il y a quelques jours, on m’a fait découvrir le titre « Musique Nègre » de Kery James. Parce que j’admire Martin Luther King, Rosa Parks ou encore (surtout ?) Malcolm X, leur parcours et leur combat. Parce que je suis « sensible à la cause noire ». Même si je pense qu’il faudrait qu’on arrête de se définir par la couleur de notre peau. Ou plutôt, parce que je pense qu’il faudrait qu’on arrête de se définir par la couleur de notre peau. On a discuté sur ce texte, ou plutôt son propos, et ma conclusion, c’était, grosso modo, « Ah ! Bravo Kery ! Il a raison. Fuck le politiquement correct ». Merde à la consensualité. Je ne connais pas l’oeuvre de Kery James, je ne sais pas grand chose de lui, mais il est temps que des voix s’élèvent et la sienne a le mérite de balancer. De ma conclusion étaient sortis quelques mots, un début de rap, de mots en tempo.

Ce matin, j’ai vu un extrait de l’interview du sale type à qui répond Kery James avec « Musique Nègre ». Après avoir copieusement vomi, j’ai repris mon texte. Et j’étais plutôt inspirée.

Je me suis permise de calligraphier une pseudo reproduction du lettrage du titre pour l’illustrer. 

Calligraphie de "Musique Nègre"

Merci Kery James d’avoir titillé ma plume et mon clavier.

 

Politiquement correct

Concept abject

Qui me débecte

Hypocrisie infecte

La bien pensance affecte

Notre liberté

 

La décence n’exclut pas

D’oser bousculer

De dépoussiérer

Faut pas être sympa

Si tu veux tout changer

Pour être écouté

N’aie pas peur de choquer

Pour être entendu

Pas besoin de donner ton cul

Respecte toi

Crois en c’que tu fais

Rejette l’hypocrisie

Fais comme Dieudonné

 

Visage pâle

Élève ta voix

Pour tes frères renoi

Si t’as pas la dalle

N’ignore pas

Ceux qui ont moins que toi

Ne laisse pas crever

Les réfugiés trop bronzés

À la porte de ton plein pied

En buvant ton café

 

Et toi, Renoi

Comme Malcolm autrefois,

N’oublie pas que les Blancs

n’sont pas tous comme ça .

 

Fusils braqués

Sur des Noirs baraqués

La menace plane toujours

Au d’ssus d’la vérité

 

Je pourrais parler

Des Juifs, des Pédés

Tous dans le même panier

Minorités menacées

De haut regardées

Humains agressés

Par des “gentils” fachos

Frustrés décérébrés

 

Et est-ce qu’on parle des femmes

Sans arrêt harcelées

Abusées, opprimées

Une fois par an célébrées

Et le reste de l’année

Elles peuvent bien crever

Excisées,

Tabassées,

De force mariées

De force pénétrées

Mets ta burka

Salope, je vais te baiser

On les veut libérées

Pas l’droit d’avorter

Intégriste voilée

P’tite pute trop dénudée

Faudrait savoir les gars

Laissez-nous décider

Comprends que “non”, c’est “non”

Pas “oui, s’il te plaît”

Que c’est tes yeux vicieux

Qui l’obligent à se voiler

Qu’elle veut être insouciante

Sans te redouter

Toi et ta queue que tu sais pas contrôler

Qu’une jupette ne fait pas

D’elle une sale traînée

Qu’elle veut te faire l’amour

Sans perdre ton respect

 

Musique nègre

Sous ta bannière

Accueille tous les opprimés

Sois la voix de tous ceux qu’on veut bâillonner

On me traite de Bobo parc’ que j’suis végé

J’suis sans doute pas crédible

En rappeuse révoltée

Pourtant mes yeux voient clair

Et j’suis écoeurée

Et même si l’écrire

Ne va rien changer

Au moins, je réagis

J’aurai essayé

Ne pas être complice

Par la passivité

De ces esprits tordus

Ces âmes vérolées

L’humanité perdue

À l’argent sacrifiée

Est bien plus meurtrière

Qu’un fusil chargé

Alors j’écris ces mots

Après tout qui sait

Si le choeur de nos voix

N’peut pas tout changer.

 

 

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Sur Infinite-RPG, je fais partie d’un groupe dédié à la science-fiction et animé par Mad. Pour fêter le 200è membre, elle a organisé un petit concours de « courts textes de SF ». 

 

Voici comment je me suis frottée à la science-fiction :

 

Il existe une infinité de mondes. Ou plutôt, une infinité de réalités. Elles sont toutes la même, à quelques détails près, plus ou moins gros. Elles sont alternatives. Mais surtout, elles sont parallèles, et ce n’est pas par hasard. C’est pour qu’elles ne se rencontrent jamais.

 

Dans cette infinité de réalités, il existe une infinité de Lara Noessac. Elles sont toute la même et, à l’instar des réalités, elles mènent des vies différentes. Dans chaque monde et comme tout individu, Lara Noessac est confrontée à des choix. Sauf dans celles où elle a déjà fait le mauvais. En fonction de ses choix, la réalité suit un cours ou un autre. Mais qu’elle soit riche, pauvre, chaste, traînée, frigide, droguée, alcoolique, fidèle, meurtrière, mariée, morte, blonde, brune, célèbre, adulée, malade, sportive, dépressive, geek, folle, artiste, scientifique, reine, astronaute, sorcière, homme,  hétéro, lesbienne, chanteuse ou clodo, Lara est insatisfaite. Chaque Lara rêve d’une autre vie. Une vie menée par une autre Lara insatisfaite qui rêve d’une autre vie.

 

 

Un jour, il s’est produit une chose qui n’arrive jamais. Ça n’était jamais arrivé et ça n’arrivera plus jamais. Absolument toutes les Lara Noessac vivantes d’absolument toutes les réalités alternatives ont fait exactement même choix. L’absence d’alternative a entraîné un chamboulo-bouli spatio temporel et, histoire de rétablir la diversité, chaque monde a été affecté, bouleversé, modifié en fonction de l’autre choix, celui qu’elles n’ont pas fait.

 

 

Nombreuses sont celles qui sont mortes, fauchées par un choix qui s’est avéré sans issue. Dans certains mondes alternatifs, elle a ressuscité, le choix mortel ayant été fait par une autre Lara. Toutes celles qui ont fait un choix identique ont été amalgamées dans un seul corps difforme ayant gardé la conscience de chacune d’elle. Celles qui étaient partagées entre plusieurs choix ont été également partagées entre plusieurs mondes et ce sont des Lara physiquement ou mentalement partielles qu’on voit à présent errer dans des mondes qui ne sont plus le leur. En fonction du choix et de sa nature, Lara est devenu amnésique, amputée, muette, aveugle, asexuée, défigurée… Certaines ne sont plus que des corps sans âme, des coquilles vides, d’autres sont  des âmes perdues qui flottent loin de leur corps égaré dans la réalité d’à côté. Certaines Lara un peu moins torturées n’ont perdu que la capacité d’aimer, celle de pleurer, ou encore celle de comprendre les mots, quels qu’ils soient. Ici et là, Lara est une jambe, un doigt, un buste, un cerveau ou un pied.

 

Lara Noessac a perdu son intégrité, mais elle peut être enfin satisfaite, l’équilibre a été maintenu et la fin des mondes a été évitée.

 

 

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Comme souvent, comme presque toujours, j’ai écrit en réaction. Parce que face à la souffrance, au chagrin et au deuil, j’observe trop souvent un positivisme écœurant et des exhortations  à surmonter qui frôlent l’indécence. Je lis des conneries du genre « Le deuil est une forme de procrastination » et autres foutaises sans queue ni tête, jargon d’une nouvelle mode du bien-être. Le hippie nouveau est arrivé, toujours aussi niais dans le refus de la réalité.

 

Oui, c’est bien de positiver, d’encourager, de chercher la beauté. Mais quand c’est la merde, faut pas forcément se boucher le nez. Quand on subit une perte, qu’on se prend un parpaing en pleine gueule, quand on se fait quitter, quand on chatouille l’enfer et le paradis du bout des pieds et qu’on voit les vers se frotter les mains, bref, quand on a mal, entendre « C’est sûrement mieux comme ça » ou « Il en ressortira forcément quelque chose de positif » et autres « Il faut aller de l’avant, ne pas ressasser…« , pardonnez-moi mais… ça fait putain chier ! 

 

Pourquoi vouloir être des pantins qui sourient et s’agitent sans savoir où ils vont ni comprendre ce qu’ils sont ? On a parfois besoin de s’arrêter, de pleurer, de crier que « Merde, je mérite pas ça« , de prendre le temps de dire adieu et de panser nos plaies. Et même, quelques fois, moi, je prends cinq minutes pour pleurer sur mes plaies cicatrisées, parce qu’il arrive qu’elles me démangent et me picotent et parce que mes chagrins m’ébranlent, m’entament, m’effritent, mais ils me construisent aussi. Et parce qu’ils valent bien que je prenne soin d’eux.

 

Alors putain et par pitié, laissez-nous le droit de pleurer.

 

Il faut sourire
Il faut aller
Aller bien, aller mieux
Ne pas souffrir

 

Progresser, positiver
Avancer, nier ses regrets.
Tu as les clés de la guérison
Fais taire ton cœur, écoute la raison

 

Aller vous faire foutre
Je veux juste le droit d’pleurer
De dire adieu à ce que j’ai paumé
Mon frère, mon homme, un presque bébé

 

Prendre le temps de regretter
D’être amère et déprimée
De rager sur ce gâchis
De croire que ma vie est finie

 

Mais si vous insistez
Je vais sourire, je vais aller
Le pire est derrière, regardez
Oui j’ai fini par surmonter

 

Je vais cacher
Tous mes chagrins
Comme des secrets
Je vais pleurer
Derrière mes mains
Et vous croirez
Que je vais bien
Rassurés
Et tellement loin.

 

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L’amour d’une mère pour son enfant n’est pas romantique, il est viscéral. C’est difficile à expliquer sans passer pour une nunuche ou une folle. Pourtant, ce n’est pas dans le coeur que ça se passe, c’est dans le bide.

 

Je me bats sans arrêt contre “la maman guimauve” et la revendication idyllique de la maternité. Je refuse de me définir uniquement par mon statut de maman. Je me gifle chaque fois que je me laisse aller au cuculapralinisme. Mais il y a ce truc, contre lequel je ne peux pas lutter. J’aime mon gamin dans mes tripes et j’y peux rien.

 

Il n’est pas encore tard, mais il fait déjà un peu nuit. Je rentre à la maison. Je me dépêche, je suis pressée, ton père et toi, vous me manquez.

Dans la rue, j’entends un enfant pleurer. Je sais bien que ce n’est pas toi. Tu es chez nous et je n’y suis pas. Pourtant, mon ventre se serre. Mes tripes se nouent pour remplir d’angoisse le vide que tu y as laissé.

 

Au coeur de mes tripes tu t’étais niché

Tu y as grandi, tu y as poussé.

De la place tu t’es fait

Mon bide tu as déformé.

Des vagues et des bosses

Mon ventre se cabosse.

Les mois passent,

ma peau crevasse.

 

Le grand jour est arrivé

Pressée de te rencontrer

Peur d’y rester.

On m’a découpée

Les tripes à l’air, je sentais

Des mains qui te cherchaient.

Tu es né, tu as pleuré

Une larme j’ai versé.

On t’a emmené

Pour pouvoir me refermer.

Un peu de couture

Quelques points de suture

Je vous rejoins à toute allure

Débute l’aventure.

 

Maintenant, tu es grand

Tu as bientôt deux ans

Mes yeux pleurent de fierté

à chacun de tes progrès.

Mon ventre se serre chaque fois que tu pleures

Mes tripes se nouent chaque fois que j’ai peur

Ma bouche sans cesse voudrait te dévorer,

T’avaler et dans mon ventre, te garder.

Cet amour est-il normal ? Cet amour viscéral.

 

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Ce midi, pendant le repas, j’ai donné un bout de salade à mon fils (19 mois bien tassés). Il n’avait plus faim, ou il n’a pas aimé. Toujours est-il qu’il ne l’a pas mangée. Mais il n’en a pas pour autant rien fait !

 

Il a joué avec, imaginant que c’était un oiseau. Je l’ai regardé un moment, faire voler sa salade en disant « cui-cui » puis, la poule étant parmi ses favoris, en clamant « cot cot codec ! ». J’ai trouvé ça beau et rien que pour ça, je vais me flageller. Amusée, j’ai partagé mon ressenti sur Facebook

 

Pourquoi écrire des poèmes quand je peux regarder Elliot faire voler un tout petit bout de batavia en disant « cui cui » puis « cot cot codec » ?
‪#‎mamancucul‬

 

Toujours prête à relever un défi, c’est partagée entre l’attendrissement et l’ironie moqueuse que j’ai écrit ce petit poème, également largement inspiré par Je suis une feuille, histoire de rigoler.

 

Transportée au dessus de l’assiette
je plane, je vole, loin d’ma vinaigrette
Je me prends pour un oiseau
Je fais « cui cui » « cot cot codec »
C’est mieux qu’pourrir au McDo
Coincée entre deux faux steaks
Moi qui ne suis même pas bio
J’avais pas le droit aux gésiers
Pour une salade de chèvre chaud,
Ou même rien que pour décorer.

Offerte à un enfant qui n’avait plus faim
Il m’a bien observée entre ses petites mains
Il a décelé mon potentiel
M’a élevée vers le ciel
Il a décidé que je pouvais voler
Il a eu envie que je sache chanter

 

Un bout de salade qui fait cui-cui
N’est-ce pas ça, la poésie ?

 

 

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