Catégorie : Tommy Griotte

Pour finir l’année, j’ai écrit un petit conte de Noël autour de Tommy Griotte et de sa famille. L’occasion d’en savoir un peu plus sur son papa et sur cette mystérieuse tradition du sapin.

C’est l’hiver à Wilwar et même si l’île est toujours aussi verte et belle, c’est une saison où les wilwariens ne sont plus tout à fait eux-mêmes. En effet, les habitants de l’île du printemps ont, pour la plupart, des pouvoirs liés à la nature et à la végétation. Alors l’hiver, quand la nature pique un somme, leurs pouvoirs diminuent. Les Griotte ne font pas exception et même les couleurs de Tommy sont moins vives.

Ce matin, Madame Griotte peste contre le froid qui a gelé la terre et l’oblige à se rendre au travail à pied. “Déjà qu’en cette période, les enfants sont agités, mais si en plus il faut marcher ! On se demande à quoi ça sert d’avoir un pouvoir !!”, l’entend-on râler. Madame Griotte travaille à l’école de Wilwar. Elle aide la maîtresse à apprendre aux enfants à lire, écrire, peindre, dessiner et réfléchir. Mais, surtout, elle les aide à maîtriser leur pouvoir une fois que celui-ci s’est déclaré. Son air renfrogné disparaît un instant, le temps d’embrasser son mari et son petit Tommy. “À tout à l’heure, les garçons. Et Tommy, sois sage avec papa !”. Puis elle disparaît sous son gros bonnet et s’engouffre dans le froid.

Les garçons rigolent bien de voir maman râler ainsi. Eux vont rester au chaud et ils vont bien s’amuser. Tommy entraîne son père et sort presque tous ses jouets. Ensemble, ils jouent un bon moment à toutes sortes de jeux. Puis Papa Griotte se lève pour aller préparer à manger. Après le copieux déjeuner mitonné par son papa, Tommy fait une sieste, car il est encore tout petit et a besoin de repos. Il fait un bon gros dodo, bien au chaud dans son petit lit. Quand il se réveille, il se dépêche de quitter son lit et court, pressé de rejoindre son papa. “Je suis véreillé !” crie-t-il à tue-tête en déboulant en slip, le cheveu en bataille. Il se met sagement à dessiner du bout de son petit doigt. “Tommy, tu remettras le mur en blanc quand tu auras fini, hein ?!”. Le petit garçon acquiesce distraitement et poursuit son oeuvre. Au bout d’un moment, il fronce les sourcils et commence à trépigner. “J’arrive pas à colorier la bayeine en comme avec de l’or.” gémit-il en commençant à pleurer. Son papa lui explique que ce n’est pas grave, qu’il doit continuer à essayer, qu’il a confiance en lui et qu’il sait qu’il finira par y arriver. “Et puis, tu sais, Tommy, le doré, c’est une couleur vraiment difficile. Presque aussi difficile que de faire pousser les légumes l’hiver”. Puis il retourne observer le jardin par la fenêtre d’un air songeur. Le petit garçon, pas vraiment consolé, efface son dessin d’un geste de la main plein de colère et de désarroi. La bonne humeur du matin est loin et les deux garçons sont bougons.

Pour éviter de bouder plus longtemps, Papa Griotte propose à Tommy d’aller chercher Maman au travail. “Ça nous fera une promenade et ça lui fera une belle surprise, elle sera contente. En plus, ce soir, c’est les vacances à l’école. Et en rentrant, on mangera des crêpes !”. Tommy retrouve illico le sourire. Il fait part de son enthousiasme et fonce chercher ses chaussures et son manteau. Lorsqu’ils sont prêts et tous les deux bien emmitouflés, Papa Griotte et Tommy se hâtent à la rencontre de Maman.

Lorsqu’elle les aperçoit en sortant de l’école, Maman Griotte est ravie. Son sourire et sa présence redonnent instantanément le sourire à Monsieur Griotte et leur bambin et c’est souriants qu’ils prennent le chemin du retour. Alors qu’ils traversent la forêt, ils discutent gaiement et rient des phrases improbables de Tommy, qui raconte à sa maman sa journée avec papa, revenant inlassablement sur l’épisode douloureux du doré raté. Pour lui changer les idées, Maman Griotte lui suggère de ramasser quelques jolis cailloux. Tommy part donc devant à la recherche de quelques nouveaux trésors.

Pendant ce temps, Monsieur Griotte se confie à sa femme.

-Mon pouvoir est en panne. D’habitude, l’hiver, il faiblit, mais depuis l’hiver dernier, il n’est toujours pas revenu. Je me demande s’il n’a pas carrément disparu.

-Tu exagères. Enfin, tu sais bien que c’est impossible. On a jamais vu un Hensien perdre son pouvoir.

-Tu en es sûre ? Et si j’étais le premier ?

-Il reviendra ! Il ne doit pas être bien loin.

-Et s’il ne revient pas ? Qu’est-ce qu’un Hensien sans pouvoir ?

-Un mari et un super papa ?

Monsieur Griotte sourit, même si son sourire est un peu triste. La disparition de son pouvoir le ronge depuis des mois et il se sent bizarre, sans lui. Il n’a pas le temps de répondre, car Tommy arrive bruyamment et attrape ses parents par la main.

-Papa, Maman, venez voir ! Le arbre, il est tout cassé ! Il est tout triste et il pleure…

Les parents du bambin se regardent et décident de suivre Tommy pour voir de quoi il peut bien parler. Ils arrivent vite près d’un sapin à moitié déraciné. Il est en piteux état. Il a perdu sa belle couleur verte et la plupart de ses aiguilles sont tombées. Papa Griotte hausse les épaules.

-On ne peut rien pour lui. Rentrons.

-Si, tu peux le soigner.

-Papa ! Papa ! C’est vrai ? Tu peux le soigner ? Tu vas soigner le arbre ?

-Non, je ne peux pas.

Sans un mot de plus, il se remet en marche. Madame Griotte ne dit rien. Elle ramasse le sapin et l’emmène avec elle.

Une fois rentrés, Tommy, qui n’a pas oublié que papa peut soigner le sapin, insiste auprès de son père pour qu’il guérisse l’arbre. Mais celui-ci refuse, explique qu’il ne peut pas et gronde Tommy en lui disant de le laisser tranquille. Mais le bambin ne l’entend pas de cette oreille. Il essaie malgré tout de comprendre :

-C’est comme le coloriage en couleur de l’or ?

Papa Griotte hésite, il sent le piège se refermer.

-Papa, c’est le plus fort ! Tu vas arriver à le soigner, le arbre !

Monsieur Griotte ne sait pas quoi faire. Il a peur d’échouer encore, mais il ne veut pas décevoir son fils. Alors il se concentre et il pose sa main sur le sapin. Mais rien ne se passe.

-Je le savais. Ce matin, je n’ai même pas réussi à faire germer un radis.

-Enfin, tu sais bien que l’hiver, les Pouces Verts sont un peu endormis.

À ces mots, Tommy s’approche de son père et observe ses pouces.

-Ils sont pas verts, les pouces à Papa !

Les parents rient devant l’innocence de leur enfant.

-C’est pour ça qu’ils marchent pas ?

Alors, du bout de son petit doigt maladroit, il teinte les pouces de Papa Griotte en vert.

Est-ce la magie de la couleur qui opère ou l’émotion d’un papa empli de tendresse qui lui fait oublier l’angoisse qui le rongeait ? Tout ce qu’on sait, c’est qu’à ce moment là, une douce lueur dorée s’échappa de la main de Monsieur Griotte et que le sapin se remit à verdir, que ses branches se redressèrent, que ses épines se mirent à repousser. Lentement, en douceur, le sapin reprit vie. Monsieur Griotte lui prodigua ses soins avec confiance et tendresse. Tommy était émerveillé et Madame Griotte, émue de ce spectacle. Lorsque le bambin approcha sa main du sapin, sa maman le mit en garde contre la piqûre des aiguilles, mais le sapin se fit tout doux et les aiguilles molles purent recevoir la caresse de Tommy sans le blesser. Monsieur Griotte le savait, c’était la façon qu’avait le sapin de les remercier. Malgré les soins de Papa Griotte, l’arbre était encore trop fragile pour retourner affronter l’hiver et ses racines avaient besoin de se renforcer. Il resta donc chez les Griotte jusqu’à la fin de l’hiver et, chaque jour, Tommy s’amusa à changer ses couleurs. Tous ceux qui voyaient ce sapin s’émerveillaient de sa beauté et voulaient avoir le même. Monsieur Griotte eu alors l’idée de ramasser tous les sapins blessés de la forêt, de les soigner et d’en laisser un en convalescence dans chaque foyer de Wilwar. Sans le pouvoir de la couleur, ils se débrouillèrent avec des guirlandes de papier, des dessins ou même des bonbons pour les décorer et, ainsi, célébrer leur guérison. Les sapins se laissaient faire, trop heureux d’être soignés et de pouvoir rendre hommage au pouvoir de celui qui les avait sauvés. Puis, quand l’heure fut venue, au premier jour du printemps, les Wilwariens retirèrent les décorations, Tommy redonna à son sapin son vert le plus éclatant, et ils rendirent les arbres à la forêt, en se promettant de recommencer chaque année.

Merci de votre partage

 

 

 

Calligraphie du mot "Ulmo"

 

La famille Griotte a décidé de débuter son voyage par Ulmo, où le climat est doux et la plage réputée. Après un bon repas à L’Atelier, excellent restaurant ulmois, et une agréable promenade sur le port, monsieur Griotte propose de passer l’après-midi à la plage. Tommy crie de joie et madame Griotte est ravie d’avoir enfin l’occasion d’utiliser l’éventail qu’elle a fabriqué avec l’aide de Tommy.

 

éventail coloré en quilling

 

Sous l’oeil attentif de ses parents, Tommy joue. Il s’éloigne de l’eau, revient en courant, tourne le dos à l’océan et se laisse tomber sur les fesses en riant et en criant “Badaboum ! Tombé dans y’eau, le bébé”. Après quelques aller et retour, il se met à attraper des poignées de sable jaune au fond de l’eau. Il revient sur la plage et lance au sol des poignées de sable multicolore. Quand il se lasse de jeter du sable, il s’accroupit au bord de l’eau et éclabousse partout avec ses petites mains en criant “Patouille ! Patouille ! Patouille !”. À chaque impact de ses mains, c’est une gerbe d’eau colorée qui jaillit.

 

 

Non loin de là, un poisson observe le petit garçon. C’est un poisson normal. Un poisson banal, sans forme spéciale, ni couleur originale. Sa seule fantaisie, c’est sa jolie queue. Malheureusement, personne ne la remarque. Ce poisson aux couleurs de l’océan passe totalement inaperçu. À tel point qu’ils n’en veulent pas à l’aquarium d’Ulmo. Sans doute ne savent-ils même pas que ce spécimen existe car, bien qu’il ne soit pas rare, personne ne le remarque jamais. Et ça, ça le rend infiniment triste.

 

 

Le poisson fixe Tommy avec des yeux de merlan frit. Il regarde les éclaboussures de mille couleurs et il rêve qu’un peu de toute cette couleur se dépose sur lui. Rien qu’un peu. Pour qu’il soit joli. Alors, bien qu’on ne le remarque jamais, il s’approche avec une grande prudence. Il a un peu peur mais il se dit qu’après tout, ce n’est qu’un petit enfant, qu’en cas de danger, il n’aura qu’à nager très vite pour que, rapidement, on ne le voit plus. Plein d’espoir, il nage là où les éclaboussures retombent, puis il s’éloigne pour admirer ses nouvelles écailles colorées. Il se tortille dans tous les sens, mais aucune trace de couleur sur lui. Il est toujours camouflé par les tristes couleurs de l’océan.

 

Une fois la déception passée, il se remet à observer l’enfant, l’eau et les couleurs. Dans sa tête, le cerveau est petit mais le poisson le fait fonctionner à plein régime, déterminé à percer le secret de ce bambin magique. Après un long moment, il finit par remarquer que l’eau n’est plus colorée au moment où elle retombe dans l’océan, que c’est lorsque les mains de l’enfant tapent sur l’eau qu’elle prend toutes ces merveilleuses couleurs. Conscient du danger de la proximité avec un humain, le poisson, fermement décidé, nage malgré tout en direction de Tommy. Il se place dans le dos du petit garçon, se concentre et s’élance à toute vitesse vers l’endroit où la bambin patouille l’océan. Au moment où les mains de Tommy frappent l’eau, le poisson bondit, traversant l’onde colorée qui jaillit de ses doigts. Le spectacle est à couper le souffle. Les éclaboussures arc-en-ciel accompagnent le poisson dans un bond gracieux. Il retombe, plonge et s’éloigne avec une élégance rarement vue chez un poisson.

 

 

Une fois à bonne distance, le poisson s’immobilise, encore stupéfait de ce qu’il vient d’oser faire. Empli de fierté, il oublie presque combien ce fut effrayant, tellement ce fut excitant. Il ose à peine se regarder, redoutant une nouvelle déception. Mais après avoir fait preuve d’une telle bravoure, il ne peut plus reculer, il doit savoir. Il ferme ses yeux très fort, tourne la tête en direction de sa queue, hésite un instant et les ouvre comme on arrache un pansement, d’un coup sec. Le poisson reste bouche bée. Si les mouches volaient sous l’eau, il en goberait, c’est certain. Son corps est resté bleuté, mais sa queue, autrefois si insipide, bien que majestueuse, est à présent un feu d’artifice, une explosion de couleurs, un ravissement enchanteur. Le poisson frétille, tourne sur lui-même, bondit hors de l’eau. Il voudrait pouvoir crier sa joie, il voudrait pouvoir parler et connaître le langage des humains pour dire à Tommy combien il le remercie, même si, d’une certaine façon, ces couleurs, il les a volées. Il ne sait pas parler, mais il connaît une façon de remercier l’enfant. Une façon poisson. Il est certain que l’enfant magique comprendra.

 

Alors il s’approche, lentement, sans crainte, fier. Le soleil fait briller l’eau et resplendir ses couleurs. Si c’était un oiseau, il serait un paon. Il s’arrête devant Tommy, qui cesse instantanément d’agiter ses mains. Il regarde le poisson, admirant non seulement la forme et les couleurs de sa queue, mais également le ballet gracieux que lui offre le poisson en remerciement. Émerveillé, Tommy lève vers ses parents un visage radieux et dit : “ Égade, Maman ! Égade, Papa ! Un beau passon ! Yé beau, le passon, égade !”. Le poisson tourne autour de l’enfant, passe entre ses jambes, occasionnant les rires du petit, amusé et un brin apeuré. Les parents échangent un regard à la fois tendre et rieur et expliquent à leur fils que le poisson le remercie pour sa si jolie magie des couleurs. Puis le poisson éclabousse Tommy dans un dernier bond d’adieu et repart au fond de l’océan. Pendant que Tommy lui fait signe de la main en criant “Au ‘voir, passon !”, monsieur et madame Griotte débattent pour savoir s’ils vont surnommer ce poisson Kodak ou Léon.

 

 

Merci de votre partage

 

 

Le marché aux légumes

 

Aujourd’hui, c’est samedi. C’est jour de marché et il fait gris. Madame Griotte, la maman de Tommy, enfile son manteau.

Allez, Tommy, viens mettre ton manteau. On va se promener au marché !

Le bambin arrive en courant, tout content d’aller se balader. Il glisse, tombe à plat ventre, se relève et dit “Ça va ?”, avant que ses parents n’aient eu le temps de poser la question.  Il enfile volontiers son manteau et ses chaussures et donne la main à sa maman en répétant “Se mener ? On va se mener ? Ach’ter les légumes !”. La maman de Tommy sourit. Elle embrasse son époux avant de quitter la maison avec son bambin. “On n’en a pas pour longtemps.”

 

Aujourd’hui, elle a décidé de marcher, plutôt que d’utiliser son pouvoir, un brin salissant, surtout quand le temps est aussi humide. Pendant le trajet, Tommy, fier de ses connaissances, récapitule la liste des courses et énumère tous les légumes qu’il connaît : “Du cocoli, du pavron vert, du pavron rouge, du pavron orange… “ Et quand l’envie lui prend, le poivron devient bleu. “Des tomates, une be’gine, des carottes…” Mme Griotte repense au temps où il disait “croyotte”. Sur son visage se dessine un sourire sur lequel se mêlent nostalgie et fierté. Le petit Tommy reprend sa litanie légumière. Sa maman presse le pas. “Hâtons nous, il va pleuvoir.”. “Des patates pas douces… des pommes de terre, du cracro… des petines !”.

 

 

Ils arrivent au marché et parcourent les étals aux mille senteurs et aux mille couleurs. Mme Griotte salue les marchands, qui la connaissent bien et apprécient la magie du petit Tommy. Le petit garçon facétieux fait toutefois enrager un des marchands, qui ne supporte pas qu’il joue avec les couleurs de ses légumes et ne rate pas une occasion de râler contre “ce garnement mal élevé”.

 

Mme Griotte, pour l’énerver plus encore, encourage discrètement Tommy à lui faire un étal arc-en-ciel, qui arrache des cris d’admiration béate aux camelots voisins. Mais ce n’est décidément pas au goût du marchand qui, encore une fois, peste contre l’enfant, qui ne comprend pas pourquoi “le monsieur, i yé pas content”. Alors, de ses grands yeux bleus innocents et coquins, il le regarde et lui demande : “Kékya ? T’as peur ?”.

 

Le marchand devient tout rouge et s’apprête à se défouler sur Mme Griotte, plutôt amusée par la colère disproportionnée du marchand. Tentée de demander à Tommy de changer le teint rouge du bonhomme pour une nuance plus bleutée, elle préfère disparaître avant que les vilains mots du monsieur à propos de son petit garçon ne la mettent dans une fureur noire que même Tommy ne pourrait changer.

 

Elle tire la langue au marchand rougeaud. “À la semaine prochaine !” lui dit-elle d’un air moqueur en lui faisant au revoir de la main. Tommy imite sa maman et salue le maraîcher mal aimable, lui envoyant même quelques baisers volants. Puis Mme Griotte creuse une galerie et disparaît instantanément, se demandant encore pourquoi le marchand se met dans une telle colère. Pourtant, la semaine dernière, les brocolis roses se sont vendus comme des petits pains.

 

 

Un brocoli rose

 

Merci de votre partage

 

Voici un nouvel opus des aventures de la famille Griotte sur Hens World :

 

Le Pouvoir de taupe

 

Mme Griotte s’exerce beaucoup pour développer son pouvoir de taupe. Suite à un entraînement intensif, elle est capable d’emmener Tommy avec elle dans ses déplacements souterrains. Mais il lui est impossible d’emmener une personne plus grande. Elle aimerait également pouvoir se déplacer sur de plus longues distances et se rendre dans les autres villages grâce à son pouvoir de taupe. Mais sa dernière tentative s’est soldée par une presque noyade. Elle avait mal évalué la distance et était réapparue sous l’eau, en plein milieu de l’océan. Heureusement, elle n’emmène jamais Tommy lors de ses entraînements. Elle ne le prend que si elle est sûre de son trajet.

 

Aujourd’hui, elle essaie d’aller à Sulimo. C’est la destination dont l’itinéraire est le moins risqué et elle n’a pas à traverser d’eau, à part une petite rivière sans grand danger. Pendant le trajet, elle croise la taupe dont elle et Tommy avaient sauvé le bébé. Ravie de voir qu’ils vont tous les deux parfaitement bien, elle reprend sa route, pour réapparaître à quelques mètres du moulin à vent. “Pas si mal”, se dit-elle, même si elle visait la grande Tour de Sulimo.

 

Sur le chemin du retour, elle prend soin de mémoriser quelques points de repères, pour que sa prochaine tentative soit un succès. Elle ressort de terre au beau milieu de son jardin, tout près de son bambin, qui n’a pas vu ses deux minutes d’absence passer. Elle s’inquiète malgré tout de ne pas le voir réagir à son retour, lui qui est d’habitude si content à chacune de ses réapparitions et ne manque jamais de la gratifier d’un enjoué “Coucou, maman !”.

 

 

Elle s’approche et voit Tommy et la petite famille taupe, qui a profité de la galerie qu’elle avait creusée. Le bébé taupe est dans les bras de Tommy et la maman taupe les observe, confiante et sereine. Elle semble se réjouir de voir les deux petits si heureux de se retrouver. Tommy fait des bisous à la petite taupe qui, en signe de contentement, plisse sa mignonne frimousse et frétille des moustaches.

 

 

Les deux mamans se regardent et, d’un commun accord silencieux, se mettent à construire ensemble les galeries d’une nouvelle taupinière. C’est décidé, la famille taupe est adoptée et habitera désormais dans le jardin des Griotte.

 

 

 

Merci de votre partage

 

 

Un arbre en quilling

 

C’est une belle journée ensoleillée et Tommy a coloré la forêt de mille nuances de rose, la couleur préférée de sa maman. Ils jouent à cache cache tous les deux dans le jardin, et Tommy s’amuse beaucoup.

 

“Cachée maman !”

 

Pour sa mère, qui a reçu le pouvoir de taupe, c’est un jeu d’enfant d’apparaître et de disparaître pour le plus grand plaisir de son bambin, qui rit aux éclats chaque fois qu’elle surgit de terre avec une nouvelle grimace pour l’amuser.

 

Au bout d’un moment, elle commence à fatiguer, et Tommy à se lasser. Il est petit et rien ne retient jamais son attention très longtemps. Le bambin, flanqué de son éternelle tototte, a envie de faire un dessin. Sa maman l’embrasse et part jardiner, pas trop loin, pour pouvoir veiller sur lui. Tommy regarde autour de lui et commence à dessiner. “Une bayeine” annonce-t-il fièrement.

Pour dessiner, Tommy Griotte n’a pas besoin de crayon. Il n’a pas besoin non plus de papier. Il lui suffit de “tracer les couleurs” avec le bout de son petit index. Il peut ainsi dessiner un poussin violet sur de la terre humide ou un lapin bleu dans les feuilles d’un arbre, simplement en changeant les couleurs grâce à son pouvoir.

Les dessins d’un enfant de deux ans sont plus proches du gribouillage que de l’oeuvre d’art. Toutefois, la façon dont il joue avec les nuances et les couleurs est toujours une source d’émerveillement.

 

Pendant qu’il dessine sagement, un bébé taupe sort d’une galerie que sa mère, sans doute un peu fatiguée, a oublié de reboucher lorsqu’elle en a surgi pendant qu’ils jouaient. Aveuglé par la lumière, le bébé taupe est perdu et ne sait pas où aller. Tommy le voit et le prend doucement dans ses petites mains maladroites.

 

“Oh ! Cro mignon le petit bête ! Gros cayin !”

 

Il serre le petit animal contre lui, en essayant de ne pas lui faire de mal. Le bébé taupe a l’air triste, il cherche sa maman. Tommy appelle alors la sienne pour lui montrer sa trouvaille. Ni une ni deux, la mère de Tommy utilise son pouvoir et emmène son fils avec elle à la recherche de la maman taupe. Ils parcourent ensemble les galeries souterraines pendant un moment, puis ils finissent par trouver une taupe en pleurs. Ils lui rendent son bébé et rentrent chez eux manger de bonnes crêpes pour consoler le petit Tommy, triste d’avoir quitté son nouvel ami…

 

 

Fleur, soleil et papillon en quilling

 

Merci de votre partage

 

 

La maison de Tommy

 

 

Tommy Griotte est né il y a un peu plus de deux ans. Il est venu au monde comme éclot une fleur : lentement, en douceur. De lui émane un parfum de bonheur. Dès qu’ils l’ont vu, ses parents ont vu la vie en rose. Ses bêtises leur font parfois voir rouge et il se retrouve souvent avec quelques bleus. Tommy a reçu le Pouvoir de la Couleur.

 

C’est un pouvoir très pratique pour sa maman, qui adore changer la couleur de ses ongles, de ses robes, de ses sacs à main et de son intérieur. Mais un bébé, ça n’en fait qu’à sa tête et il n’est pas rare qu’on la voit au marché avec les cheveux violets et les yeux arc-en-ciel ou que son papa, qui fait des dessins, se retrouve avec un crayon bleu qui écrit en vert.

 

Pour son anniversaire, ses parents ont décidé d’organiser une grande fête. Sa maman a fait des gâteaux et décoré le jardin et son papa a installé des tables, des chaises et un petit chapiteau. Tous les habitants de Wilwar ont apporté quelque chose de bon et se sont réunis pour célébrer l’anniversaire du bambin.

 

Les enfants ont couru, sauté, joué, se sont gavés de sucreries, bref, se sont bien amusés. Les parents ont mangé, ont parlé, ont ri et certains ont même dansé. Et comme Tommy parvient maintenant à nommer les couleurs et s’entraîne beaucoup pour maîtriser son pouvoir, il a voulu montrer à tout le monde l’étendue de ses capacités. Ce jour-là, Wilwar en a vu de toutes les couleurs. Le soir, quand Tommy s’est couché, il était très fatigué, mais très heureux de sa journée. C’est le sourire aux lèvres qu’il s’est endormi, sous le regard attendri de ses parents comblés.

 

 

Merci de votre partage