Exercice d’écriture #3 basé sur le jeu de rôle : le mutisme

Cette semaine, je vous propose un exercice d’écriture ludique qui peut se révéler à la fois délicat et amusant. J’impose un handicap à votre personnage : le mutisme. C’est un bon exercice et cela peut amener à des situations assez cocasses. Mais avant de vous proposer l’exercice à proprement parler, je vous donne mon point de vue sur l’introduction d’un élément perturbateur ou d’un bouleversement de votre environnement ou, plus précisément, sur l’inutilité de l’expliquer.

De la nécessité de poser une situation narrative sans l’expliquer

Je sais pas vous, mais moi, la plupart du temps, ce n’est pas le comment, que je trouve intéressant, ni même le pourquoi, mais bel et bien le résultat. Par exemple, dans Walking Dead, je me fous royalement du pourquoi du comment de l’apparition des zombies ; ce qui m’intéresse, ce sont les conséquences de cette situation apocalyptique sur le monde et les survivants. En gros, on place des personnages dans une situation et on voit comment ça évolue. La situation n’est alors qu’un prétexte à l’histoire et l’expliquer peut nuire gravement à notre santé et à celle de nos lecteur⋅ices.

Intéresser le lecteur/la lectrice

L’explication peut s’avérer décevante pour le lecteur. C’est bien connu, ne pas savoir est bien plus terrible que de savoir, car on peut tout imaginer. Il vaut donc mieux laisser le lecteur bosser un peu pour combler les trous qu’on aura volontairement laissés. L’impliquer est un bon moyen de maintenir son intérêt et il sera d’autant plus attaché à notre histoire qu’il y aura mis son grain de sel en y projetant ses idées, ses craintes, ses envies…

Libérer l’auteur⋅rice

Autre atout non négligeable, l’absence d’explication laisse le champ libre à l’auteur. Par exemple, dans la série The Leftovers, le fait de ne pas savoir comment et pourquoi 2% de la population ont disparu augmente l’intensité dramatique et exacerbe la mélancolie des 98% d’humains restants. Cette ignorance ronge les personnages, rendant leur deuil impossible, les plongeant dans la tristesse et la folie. Elle permet à l’auteur de jouer avec les nerfs du lecteur en mélangeant le réel, l’imaginaire et le surnaturel. Elle est le prétexte de toutes les choses incroyables qu’il fait faire aux personnages. Elle donne un relief à l’histoire, une saveur qu’on n’aurait sans doute pas avec un récit basé sur le simple deuil.

Éviter les incohérences

Sans compter le risque de s’empêtrer dans les détails alambiqués, d’en oublier en route et de glisser involontairement des incohérences et des aberrations dans notre récit. Ou comment trop d’explication tue l’explication.

Ce qu’il faut retenir, c’est que si certaines histoires ne reposent que sur le comment on en est arrivé là (et s’arrêtent une fois la situation posée, laissant le lecteur ou le spectateur imaginer sa propre fin), le plus souvent, expliquer la situation n’apporte rien, au contraire. L’explication ralentit, l’explication déçoit, l’explication ennuie, l’explication bride.

L’exercice d’écriture ludique de la semaine

Pour cet exercice, ce qui m’intéresse, c’est le fait que votre personnage ne parle plus. Pourquoi ? Comment ? Libre à vous, si cela vous amuse, d’expliquer la situation ou de laisser planer le mystère. Comme ça, on n’a même pas à se fatiguer à imaginer une raison. Qu’il n’en ait plus la volonté ou la capacité, là encore peu importe. L’intérêt de cet exercice ne repose pas sur le contenu, mais plutôt sur “Comment je vais, par mon écriture, permettre à mon personnage de s’exprimer sans parler”. Le mutisme nous oblige à travailler la description des attitudes, des gestes, des expressions du visage, ce qui n’est pas si facile.

Je n’impose ni ne propose de contexte. Toutefois, dans votre récit, votre personnage devra évidemment être confronté à la nécessité de s’exprimer. Ben oui, si c’est pour décrire une forêt, l’exercice n’a aucun intérêt. Qu’il réussisse ou échoue à se faire comprendre, que la scène soit dramatique ou comique, cela importe peu. L’objectif de cet exercice d’écriture  ludique n’est pas la réussite de votre personnage, mais la vôtre, en tant qu’auteur, à transmettre précisément et exactement ce que vous voulez exprimer.

Le mutisme est un exercice d’écriture intéressant qui oblige à écrire autrement, à décrire au lieu de faire dire. Pincemi, le personnage que j’ai longtemps joué, a été muette à deux reprises, pour des raisons différentes et, à chaque fois, ce fut un bon entraînement,  j’ai beaucoup appris et je me suis bien amusée. Bref, un vrai exercice d’écriture ludique.

Maintenant… Silence, et à vous de jouer.

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