[Tommy Griotte] Conte de Noël wilwarien

Pour finir l’année, j’ai écrit un petit conte de Noël autour de Tommy Griotte et de sa famille. L’occasion d’en savoir un peu plus sur son papa et sur cette mystérieuse tradition du sapin.

C’est l’hiver à Wilwar et même si l’île est toujours aussi verte et belle, c’est une saison où les wilwariens ne sont plus tout à fait eux-mêmes. En effet, les habitants de l’île du printemps ont, pour la plupart, des pouvoirs liés à la nature et à la végétation. Alors l’hiver, quand la nature pique un somme, leurs pouvoirs diminuent. Les Griotte ne font pas exception et même les couleurs de Tommy sont moins vives.

Ce matin, Madame Griotte peste contre le froid qui a gelé la terre et l’oblige à se rendre au travail à pied. “Déjà qu’en cette période, les enfants sont agités, mais si en plus il faut marcher ! On se demande à quoi ça sert d’avoir un pouvoir !!”, l’entend-on râler. Madame Griotte travaille à l’école de Wilwar. Elle aide la maîtresse à apprendre aux enfants à lire, écrire, peindre, dessiner et réfléchir. Mais, surtout, elle les aide à maîtriser leur pouvoir une fois que celui-ci s’est déclaré. Son air renfrogné disparaît un instant, le temps d’embrasser son mari et son petit Tommy. “À tout à l’heure, les garçons. Et Tommy, sois sage avec papa !”. Puis elle disparaît sous son gros bonnet et s’engouffre dans le froid.

Les garçons rigolent bien de voir maman râler ainsi. Eux vont rester au chaud et ils vont bien s’amuser. Tommy entraîne son père et sort presque tous ses jouets. Ensemble, ils jouent un bon moment à toutes sortes de jeux. Puis Papa Griotte se lève pour aller préparer à manger. Après le copieux déjeuner mitonné par son papa, Tommy fait une sieste, car il est encore tout petit et a besoin de repos. Il fait un bon gros dodo, bien au chaud dans son petit lit. Quand il se réveille, il se dépêche de quitter son lit et court, pressé de rejoindre son papa. “Je suis véreillé !” crie-t-il à tue-tête en déboulant en slip, le cheveu en bataille. Il se met sagement à dessiner du bout de son petit doigt. “Tommy, tu remettras le mur en blanc quand tu auras fini, hein ?!”. Le petit garçon acquiesce distraitement et poursuit son oeuvre. Au bout d’un moment, il fronce les sourcils et commence à trépigner. “J’arrive pas à colorier la bayeine en comme avec de l’or.” gémit-il en commençant à pleurer. Son papa lui explique que ce n’est pas grave, qu’il doit continuer à essayer, qu’il a confiance en lui et qu’il sait qu’il finira par y arriver. “Et puis, tu sais, Tommy, le doré, c’est une couleur vraiment difficile. Presque aussi difficile que de faire pousser les légumes l’hiver”. Puis il retourne observer le jardin par la fenêtre d’un air songeur. Le petit garçon, pas vraiment consolé, efface son dessin d’un geste de la main plein de colère et de désarroi. La bonne humeur du matin est loin et les deux garçons sont bougons.

Pour éviter de bouder plus longtemps, Papa Griotte propose à Tommy d’aller chercher Maman au travail. “Ça nous fera une promenade et ça lui fera une belle surprise, elle sera contente. En plus, ce soir, c’est les vacances à l’école. Et en rentrant, on mangera des crêpes !”. Tommy retrouve illico le sourire. Il fait part de son enthousiasme et fonce chercher ses chaussures et son manteau. Lorsqu’ils sont prêts et tous les deux bien emmitouflés, Papa Griotte et Tommy se hâtent à la rencontre de Maman.

Lorsqu’elle les aperçoit en sortant de l’école, Maman Griotte est ravie. Son sourire et sa présence redonnent instantanément le sourire à Monsieur Griotte et leur bambin et c’est souriants qu’ils prennent le chemin du retour. Alors qu’ils traversent la forêt, ils discutent gaiement et rient des phrases improbables de Tommy, qui raconte à sa maman sa journée avec papa, revenant inlassablement sur l’épisode douloureux du doré raté. Pour lui changer les idées, Maman Griotte lui suggère de ramasser quelques jolis cailloux. Tommy part donc devant à la recherche de quelques nouveaux trésors.

Pendant ce temps, Monsieur Griotte se confie à sa femme.

-Mon pouvoir est en panne. D’habitude, l’hiver, il faiblit, mais depuis l’hiver dernier, il n’est toujours pas revenu. Je me demande s’il n’a pas carrément disparu.

-Tu exagères. Enfin, tu sais bien que c’est impossible. On a jamais vu un Hensien perdre son pouvoir.

-Tu en es sûre ? Et si j’étais le premier ?

-Il reviendra ! Il ne doit pas être bien loin.

-Et s’il ne revient pas ? Qu’est-ce qu’un Hensien sans pouvoir ?

-Un mari et un super papa ?

Monsieur Griotte sourit, même si son sourire est un peu triste. La disparition de son pouvoir le ronge depuis des mois et il se sent bizarre, sans lui. Il n’a pas le temps de répondre, car Tommy arrive bruyamment et attrape ses parents par la main.

-Papa, Maman, venez voir ! Le arbre, il est tout cassé ! Il est tout triste et il pleure…

Les parents du bambin se regardent et décident de suivre Tommy pour voir de quoi il peut bien parler. Ils arrivent vite près d’un sapin à moitié déraciné. Il est en piteux état. Il a perdu sa belle couleur verte et la plupart de ses aiguilles sont tombées. Papa Griotte hausse les épaules.

-On ne peut rien pour lui. Rentrons.

-Si, tu peux le soigner.

-Papa ! Papa ! C’est vrai ? Tu peux le soigner ? Tu vas soigner le arbre ?

-Non, je ne peux pas.

Sans un mot de plus, il se remet en marche. Madame Griotte ne dit rien. Elle ramasse le sapin et l’emmène avec elle.

Une fois rentrés, Tommy, qui n’a pas oublié que papa peut soigner le sapin, insiste auprès de son père pour qu’il guérisse l’arbre. Mais celui-ci refuse, explique qu’il ne peut pas et gronde Tommy en lui disant de le laisser tranquille. Mais le bambin ne l’entend pas de cette oreille. Il essaie malgré tout de comprendre :

-C’est comme le coloriage en couleur de l’or ?

Papa Griotte hésite, il sent le piège se refermer.

-Papa, c’est le plus fort ! Tu vas arriver à le soigner, le arbre !

Monsieur Griotte ne sait pas quoi faire. Il a peur d’échouer encore, mais il ne veut pas décevoir son fils. Alors il se concentre et il pose sa main sur le sapin. Mais rien ne se passe.

-Je le savais. Ce matin, je n’ai même pas réussi à faire germer un radis.

-Enfin, tu sais bien que l’hiver, les Pouces Verts sont un peu endormis.

À ces mots, Tommy s’approche de son père et observe ses pouces.

-Ils sont pas verts, les pouces à Papa !

Les parents rient devant l’innocence de leur enfant.

-C’est pour ça qu’ils marchent pas ?

Alors, du bout de son petit doigt maladroit, il teinte les pouces de Papa Griotte en vert.

Est-ce la magie de la couleur qui opère ou l’émotion d’un papa empli de tendresse qui lui fait oublier l’angoisse qui le rongeait ? Tout ce qu’on sait, c’est qu’à ce moment là, une douce lueur dorée s’échappa de la main de Monsieur Griotte et que le sapin se remit à verdir, que ses branches se redressèrent, que ses épines se mirent à repousser. Lentement, en douceur, le sapin reprit vie. Monsieur Griotte lui prodigua ses soins avec confiance et tendresse. Tommy était émerveillé et Madame Griotte, émue de ce spectacle. Lorsque le bambin approcha sa main du sapin, sa maman le mit en garde contre la piqûre des aiguilles, mais le sapin se fit tout doux et les aiguilles molles purent recevoir la caresse de Tommy sans le blesser. Monsieur Griotte le savait, c’était la façon qu’avait le sapin de les remercier. Malgré les soins de Papa Griotte, l’arbre était encore trop fragile pour retourner affronter l’hiver et ses racines avaient besoin de se renforcer. Il resta donc chez les Griotte jusqu’à la fin de l’hiver et, chaque jour, Tommy s’amusa à changer ses couleurs. Tous ceux qui voyaient ce sapin s’émerveillaient de sa beauté et voulaient avoir le même. Monsieur Griotte eu alors l’idée de ramasser tous les sapins blessés de la forêt, de les soigner et d’en laisser un en convalescence dans chaque foyer de Wilwar. Sans le pouvoir de la couleur, ils se débrouillèrent avec des guirlandes de papier, des dessins ou même des bonbons pour les décorer et, ainsi, célébrer leur guérison. Les sapins se laissaient faire, trop heureux d’être soignés et de pouvoir rendre hommage au pouvoir de celui qui les avait sauvés. Puis, quand l’heure fut venue, au premier jour du printemps, les Wilwariens retirèrent les décorations, Tommy redonna à son sapin son vert le plus éclatant, et ils rendirent les arbres à la forêt, en se promettant de recommencer chaque année.

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