Le droit de pleurer

 

Comme souvent, comme presque toujours, j’ai écrit en réaction. Parce que face à la souffrance, au chagrin et au deuil, j’observe trop souvent un positivisme écœurant et des exhortations  à surmonter qui frôlent l’indécence. Je lis des conneries du genre « Le deuil est une forme de procrastination » et autres foutaises sans queue ni tête, jargon d’une nouvelle mode du bien-être. Le hippie nouveau est arrivé, toujours aussi niais dans le refus de la réalité.

 

Oui, c’est bien de positiver, d’encourager, de chercher la beauté. Mais quand c’est la merde, faut pas forcément se boucher le nez. Quand on subit une perte, qu’on se prend un parpaing en pleine gueule, quand on se fait quitter, quand on chatouille l’enfer et le paradis du bout des pieds et qu’on voit les vers se frotter les mains, bref, quand on a mal, entendre « C’est sûrement mieux comme ça » ou « Il en ressortira forcément quelque chose de positif » et autres « Il faut aller de l’avant, ne pas ressasser…« , pardonnez-moi mais… ça fait putain chier ! 

 

Pourquoi vouloir être des pantins qui sourient et s’agitent sans savoir où ils vont ni comprendre ce qu’ils sont ? On a parfois besoin de s’arrêter, de pleurer, de crier que « Merde, je mérite pas ça« , de prendre le temps de dire adieu et de panser nos plaies. Et même, quelques fois, moi, je prends cinq minutes pour pleurer sur mes plaies cicatrisées, parce qu’il arrive qu’elles me démangent et me picotent et parce que mes chagrins m’ébranlent, m’entament, m’effritent, mais ils me construisent aussi. Et parce qu’ils valent bien que je prenne soin d’eux.

 

Alors putain et par pitié, laissez-nous le droit de pleurer.

 

Il faut sourire
Il faut aller
Aller bien, aller mieux
Ne pas souffrir

 

Progresser, positiver
Avancer, nier ses regrets.
Tu as les clés de la guérison
Fais taire ton cœur, écoute la raison

 

Aller vous faire foutre
Je veux juste le droit d’pleurer
De dire adieu à ce que j’ai paumé
Mon frère, mon homme, un presque bébé

 

Prendre le temps de regretter
D’être amère et déprimée
De rager sur ce gâchis
De croire que ma vie est finie

 

Mais si vous insistez
Je vais sourire, je vais aller
Le pire est derrière, regardez
Oui j’ai fini par surmonter

 

Je vais cacher
Tous mes chagrins
Comme des secrets
Je vais pleurer
Derrière mes mains
Et vous croirez
Que je vais bien
Rassurés
Et tellement loin.

 

Merci de votre partage

One thought on “Le droit de pleurer

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