Dans l’épisode 4 de la saison 1 du podcast « Procrastination », Lionel Davoust, Mélanie Fazi et Laurent Genefort nous parlent de la taille des textes et de l’évolution des normes des différents formats au fil des avancées technologiques. Iels s’attardent entre autres sur ce qui différencie, outre le nombre de caractères, un roman d’une nouvelle.
Des différences de taille
Avant de définir la taille des différents formats d’histoires, les trois auteurices précisent que dans l’édition française, les textes se mesurent en SEC (Signes Espaces Comprises) et non en mots.
Iels nous présentent ensuite les différents formats sous lesquels on peut raconter une histoire et qui se définissent principalement selon la taille du texte :
- La short short story (ou micronouvelle, format courant sur les réseaux sociaux) est une histoire racontée en une phrase à une page maximum.
- La short story, ou nouvelle en français, compte de 2-3 000 sec à 50 000 SEC.
- De 50 à 150 000 SEC, on aura affaire à une novela.

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- Si le roman et le cycle (une histoire coupée en morceau ou une histoire et ses suites) ont connu une inflation de la taille du récit et vont aujourd’hui aisément jusqu’à un million de signes – voire deux, il y a encore quelques années, la taille moyenne d’un roman se situait plutôt autour de 300 k SEC.
Des différences de taille
Comment décide-t-on de la longueur d’un roman ? Et bien, on ne décide pas vraiment. Le format se dessine de lui-même, comme l’explique Mélanie Fazi, dont la nouvelle est le genre de prédilection. Elle pense que certain·es auteurices sont plus fait·es pour un type de longueur ou l’autre, selon que leur style d’écriture repose sur la suggestion et la concision ou sur la description.
Outre les préférences personnelles, la question des contraintes (éditoriales notamment), qui peuvent être induites par le genre, la maison d’édition… peut également influer sur la taille d’un texte (je dois d’ailleurs revoir la taille d’une de mes histoires à la hausse avant de la soumettre, afin de rentrer dans les critères d’une éventuelle publication papier en plus de l’e-book).
Le texte lui-même, en fonction de plusieurs critères, peut se prêter plus facilement à un format ou à l’autre en dépit de la volonté de son auteurice.
La taille des textes, une norme soumise aux contraintes et aux évolutions technologiques
Les normes éditoriales sont soumises aux limites et progrès de la technologie plus qu’à la volonté des auteurices et/ou des éditeurices. Par exemple, le feuilleton littéraire est né des contraintes de publication quotidienne dans les journaux, et l’apparition du format poche et les contraintes qu’il implique ont causé des problèmes de coupe et de restriction de signes, menant à la moyenne précédemment citée de 300 k sec pour un roman.
Cette moyenne a ensuite explosé grâce à l’apparition du traitement de texte, qui a facilité l’accès à l’écriture, mais aussi aux réductions des coûts d’impression et à l’apparition de longs cycles et des univers partagés (les grosses licences comme Star Wars…), qui ont formé l’esprit de læ lecteurice à des exigences de longueur, auxquelles bon nombre d’auteurices sont heureuxses de se plier.
La nouvelle, tout un art
Pour résumer de façon un peu simpliste, la nouvelle pourrait être un épisode de la vie d’un personnage et le roman en raconterait l’intégralité.
Une des principales différences entre les deux formats réside dans la gestion du rythme de la narration. Dans un roman, l’auteurice joue avec les variations de rythme pour tenir læ lecteurice en haleine, tandis que le rythme de la nouvelle tend vers l’élan constant ou l’accélération (les trois auteurices valident la comparaison du sprint Vs marathon).
Outre la taille et le rythme, une autre différence majeure entre la nouvelle et le roman réside dans la chute, qui est la ligne directrice de la nouvelle, tandis que le roman se concentre plus sur la route qui y mène. Si la nouvelle est moins tributaire d’un formatage, l’aspiration vers la fin pose d’autres contraintes, telles que la limite du nombre de personnages, de péripéties ou encore la nécessité de descriptions sommaires mais percutantes.
Concision et précision sont les deux mamelles de la nouvelle. Edgar Poe disait d’ailleurs à ce sujet :
Dans une nouvelle, tout doit concourir à l’effet final.
Lionel Davoust ajoute que l’écriture de nouvelles est une excellente école, notamment parce que le risque est minimum : si une nouvelle est mauvaise ou rejetée par une maison d’édition, elle aura demandé un investissement en temps et en énergie moindre et même si les enseignements de la nouvelle doivent s’oublier dès qu’on passe à l’écriture d’un roman, elle est un très bon moyen d’exercer son écriture.
Laurent Genefort précise que la science-fiction est le genre de la nouvelle par excellence, car la SF concerne l’expérience plus que l’histoire avec tous ses développements.
En conclusion
En littérature comme ailleurs, ce n’est pas la taille qui compte, mais la façon dont on s’en sert. Le format n’est pas une fin en soi, il n’est que la somme de vos préférences en matière d’écriture et du but que vous poursuivez avec votre texte













