Les personnes de ma génération connaissent toustes cette pub et son hymne « En route pour l’aventure ». Alors qu’on a oublié toutes les pubs Nutella et leur succession d’enfants trop lisses. À quoi ça tient ? Pas à la qualité du produit, ça, c’est certain !
L’incursion du rêve dans la réalité
Banga, qui ne pouvait pas miser sur la qualité de sa boisson – ni sur son originalité – a trouvé le meilleur canal pour parler à nos âmes d’enfants : l’imaginaire. « En route pour l’aventure ! » nous clame la chanson de la pub. Mais comme il ne suffit jamais de le dire, Banga nous montre à quel point sa boisson chimique sait réveiller l’aventurier qui sommeille en nous (dire… montrer… vous l’avez ? ). Et voilà que l’enfant qui jouait mollement à l’aventurier dans son couloir d’une banalité désolante se retrouve propulsé dans une jungle luxuriante. L’aventure s’invite dans son morne quotidien, à grand renfort de rivière bouillonnante et de crocodile affamé.
Marquer les esprits
C’est ce qui fait qu’on se souvient de cette pub et que, trente ans après, les quadras chantonnent encore « On ne résiste paaaaaaas… à l’appel du Banga ! ». L’incursion de l’imaginaire dans la réalité rend le moment plus intense, à tel point qu’il en devient inoubliable. Oui, trente ans après, on voit encore parfaitement cet enfant traverser la jungle de son couloir de liane en liane en faisant la nique à un crocodile menaçant. On avait en revanche totalement oublié la mère Barbara Gould digne d’un spot pour Kinder, dont on a d’ailleurs oublié toutes les pubs. Ne reste des pubs Nutella que l’arrière-goût insipide du quotidien trop lisse et trop parfait d’une famille tout aussi fake que le goût de la pâte à tartiner. L’image aseptisée de notre vie, ou de ce qu’elle est supposée être. Franchement, qui cela fait-il rêver ?
Comment on fait dans nos livres, alors ?
Je vous vois venir. Ne comptez pas sur moi pour vous donnez des injonctions ni même des conseils d’écriture dans les décorticages littéraires. Le but de cette rubrique est de partager des techniques, des idées, de l’inspiration. Parenthèse magique, rêve éveillé, impression fugace… À vous de trouver si et comment vous frapperez les esprits avec vos écrits.
C’est un exercice tout neuf qui voit le jour sur ce blog (et signe en quelque sorte sa résurrection après une longue période de coma) : le décorticage narratif. Le principe ? Extraire des principes et techniques narratives de morceaux choisis (chanson, clip, dessin animé, film, série, fiction interactive, jeu vidéo… tout ce qui sert à raconter une histoire).
Le pourquoi du comment
Il y a quelques jours, au cours d’une discussion Mastodonesque très intéressante avec Stéphane Arnier sur le point de vue et le temps de narration (je vous recommande d’ailleurs ses articles ! ), j’ai eu recours à des chansons pour illustrer mon propos (et défendre l’indéfendable, la narration au présent ET à la première personne).
Depuis que j’ai lu ses articles sur le sujet, je cogite pas mal et je me suis dit que ça pourrait être intéressant de partager le fruit de ces réflexions. Intéressant pour vous, mais aussi pour moi, puisque ça m’incite à analyser toutes les formes de narrations qui me tombent sous la dent (manie que j’ai déjà, de façon plus ou moins consciente). Et parce que c’est INSPIRANT.
Décorticage n°1 : la narration au présent ET à la première personne
J’avais prévenu, je défends ici l’indéfendable. Contre vents, marées et toustes celleux qui clament que le seul temps de narration est le passé simple, je me dresse et je dis « Non ». La narration à la première personne ? Je dis « Oui ». Mais, parce que l’adage qui dit qu’il faut connaître les règles avant de s’en affranchir dit vrai, j’ai arrêté de me reposer depuis quelques années sur mes acquis par imprégnation et j’ai bossé la théorie. Et aujourd’hui, je sais pourquoi j’aime écrire au présent. Et parfois à la première personne. Encore mieux, je sais même l’expliquer !
La narration au présent et à la première personne : cas pratique en chansons
La première chose qui m’est venue au fil de ma réflexion, c’est « Comme d’habitude ». Dans cette chanson, Cloclo utilise le présent pour illustrer la monotonie, la routine de ce quotidien sans passion. Mais surtout, ce que j’aime, c’est qu’il délivre le regard désabusé du personnage sur son couple à l’agonie, ce qui est appuyé par la première personne : il se regarde vivre et agir et le récit qu’il fait de sa vie porte la couleur de son jugement et de son désespoir :
« mais toi »
« presque malgré moi »
« tout seul, je bois mon café «
extrait des paroles de « Comme d’habitude »
Mais un seul exemple ne suffit pas, la science vous le dira. Alors j’ai confronté deux chansons des Rita Mitsouko : « Andy » et « Les histoires d’A ». Dans la première, le texte est au présent parce que la narratrice est spectatrice de l’histoire, qu’elle raconte au moment où elle se passe, pour finalement en devenir actrice : « Dis-lui oui, Andy » (qui fait d’ailleurs écho au « Dis-moi oui, Andy »). Dans « Les histoires d’A », le texte est au passé, parce qu’on nous raconte une succession d’anecdotes qui illustrent le propos de la chanson : les histoires d’amour finissent mal.
extrait des paroles de « Andy »
extrait des paroles de « Andy »
extrait des paroles de « Les histoires d’A. »
Conclusion
Ce que j’aime avec le présent, que ce soit à la première ou à la troisième personne focalisée, c’est qu’il donne le regard du personnage sur son histoire au moment où elle se déroule. On a donc ses émotions, ses sentiments, ses impressions, ses réactions au plus proche de l’action. Le texte au présent nous délivre la vérité du personnage. Sa vérité immédiate, contrairement au passé, qui lui permet de tricher en apportant des ajustements et corrections rendues possibles par le recul que permet la distance temporelle.
Quant à la première personne, c’est un peu la même chose. Le « je » me donne l’impression d’être avec mon personnage, d’être au plus près de son ressenti et de sa vérité, là où la troisième personne met une distance entre lui et moi, et lui et son histoire. C’est toutefois une narration piégeuse et je vous invite à lire les articles de Stéphane Arnier sur le sujet avant de vous lancer !
Comme pas prévu, mais comme on s’y attendait, j’ai toujours une semaine de décalage pour la publication de cet article. Je compte sur votre indulgence pour tenir compagnie à la mienne. Cette semaine, l’atelier portait sur la technique Actor Studio transposée à l’écriture.
La méthode Actor Studio
Cette méthode est assez connue, et utilisée par la plupart des acteurs pour rendre leur performance plus réaliste et leur personnage plus convaincant. La technique est simple, puisqu’elle consiste à puiser dans sa propre expérience pour nourrir son jeu d’acteur. On recherche un souvenir pour ressentir les émotions qu’il suscite et on s’en sert pour donner corps au personnage.
C’est comme ça que certain·es acteurices arrivent à pleurer de vraies larmes (avec de la vraie bave et de la vraie morve) là où d’autres se contentent de gémir en se déformant le visage dans d’atroces grimaces censées exprimer la souffrance morale.
La méthode Actor Studio transposée à l’écriture
Il s’agit de la même chose, mais à l’écrit. Elle permet de rendre l’émotion plus juste et le texte, plus immersif. Et oui, car qui dit émotion crédible dit identification ? Et qui dit identification dit empathie pour le personnage. Et là, c’est gagné. Parce que le but, c’est bien que læ lecteurice s’intéresse à notre personnage.
Cette méthode peut rendre l’écriture plus pénible, parce qu’elle nous renvoie à des situations potentiellement douloureuses. Mais elle la rend également plus facile, car on n’a plus qu’à « raconter notre vie », en retirant le filtre de la situation initiale et en y apposant celui de notre personnage et de son histoire.
Il ne s’agit pas de raconter le souvenir, mais bel et bien de se souvenir de ce qu’on a ressenti dans une situation donnée et de le retranscrire à l’écrit en prêtant son émotion à ses personnages.
L’exercice de la semaine
Pour inaugurer l’exercice, j’ai choisi le thème « Grosse fatigue ».
On s’est donc mis dans la peau de quelqu’un de très fatigué (ce jour-là, pour moi, ça n’a pas été très compliqué :p), on a fait appel au souvenir d’une fois où on était parfaitement crevé (fatigue morale ou physique) et on a rédigé un petit bout de texte pour exprimer l’épuisement de notre personnage.
Voici venu le temps de l’atelier d’écriture de la semaine dernière. Malheureusement, je n’ai pas encore réussi à rattraper le décalage (que j’espère parvenir à combler cette semaine), mais je ne doute pas que vous saurez me pardonner ce petit retard.Et cette fois, c’est sur la talentueuse Céline Badaroux que je me suis appuyée pour vous proposer cet exercice ludique déclencheur d’inspiration : les pots en folie.
Chaque pot contient autant de petits papiers que vous avez pu/voulu y glisser. L’avantage, c’est que le contenu des pots est vraiment personnalisable et vous pouvez tout à fait ne pas mettre « Espace » dans le pot « Lieu » si vous n’aimez pas les trucs chiants dans l’espace…
Vous pouvez aussi jouer sur le nombre de pots et sur leur contenu. On pourrait très bien imaginer un pot « Personnages ». De même, quand j’ai découvert cet outil au cours d’un atelier en ligne animé par Céline lors de la convention virtuelle « A Place to geek », nous n’avons pas utilisé le pot des thèmes. Croyez-moi, cela n’a bridé l’imagination de personne et les idées ont fusé dans tous les sens et à nos risques et périls.
Les pots en folie
Pour ma part, j’ai eu l’audace de renommer l’exercice en « Les pots en folie », parce que j’ai particulièrement aimé l’esthétique que Céline Badaroux a donné à ces anciennes conserves de petits pois devenues outils créatifs autant par leur forme que leur utilité. Jugez plutôt !
Le principe est simple : on tire au hasard un papier dans chaque pot, puis on réfléchit à un (ou plusieurs) pitch en se basant sur le tirage obtenu. Ensuite, rien n’empêche d’écrire une nouvelle, voire un roman en partant d’un de ces pitchs, bien au contraire.
Cet outil a de multiples qualités. Son aspect ludique, bien évidemment. Mais aussi le côté personnalisable et modulable, qui permet de l’adapter à ses envies et ses besoins.
Il représente également un formidable exercice pour faire travailler son imagination, pour booster son inspiration et, pour les plus téméraires d’entre nous, pour sortir de notre zone de confort en écrivant, par exemple, une romance dans l’espace ou un thriller sous marin (Werber a bien fait un thriller dans la fourmilière).
L’exercice d’écriture de la semaine
Il est simple et vous l’avez sans doute déjà compris. Je propose tout d’abord aux plus bricoleur·euses d’entre vous de confectionner leurs petits pots personnalisés (je n’ai pas encore pris le temps de le faire, alors si vous le faites, je vous en prie, envoyez-moi une photo !), de les garnir d’autant de petits papiers qu’iels le souhaitent, puis de procéder à trois ou quatre tirages et de rédiger autant de pitchs.
Vous pouvez évidemment faire varier les combinaisons en ajoutant-retirant un ou plusieurs pots à l’envie.
Pour les allergiques du DIY, Céline a pensé à tout et a conçu (un peu spécialement pour nous) une version en ligne de son formidable outil ! On l’a testée lors de l’atelier en live de mercredi dernier (que vous pouvez d’ailleurs revoir en replay, pour vous inspirer ou comprendre pourquoi je parle autant de l’espace) et autant vous dire qu’on a adoré !
Alors à vous de jouer, et n’hésitez pas à mettre vos tirages et pitchs en commentaire 😉
Voilà plusieurs semaines que je stream des ateliers d’écriture, des coachings ou des tests/présentations d’outils et plateformes d’écriture. De ces soirées est née une petite communauté sympathique et soudée autour de deux passions communes : l’écriture et la déconnade. Et de cette communauté est né un projet : les Petits Disciples du Stylo.
Le streaming littéraire
Il y a quelques semaines, j’ai créé une chaîne sur Twitch et j’ai commencé à animer des lives. Au programmes, quatre grands thèmes :
L’atelier d’écriture ludique et créative (le mercredi soir à 21h)
Chaque mercredi soir, je présente l’exercice et les participant·es qui le souhaitent peuvent me rejoindre sur un framapad (un document partagé en ligne). Chacun·e y écrit ce que lui inspire le sujet, pendant que je navigue d’un texte à l’autre en commentant. Si le besoin s’en fait sentir, j’apporte ma contribution pour tenter de surmonter les blocages et les trous.
La présentation de plateformes et outils d’écriture et de narration (le mardi soir à 21h)
Chaque mardi soir, je présente et teste en direct un logiciel ou une plateforme en ligne autour de l’écriture. Outil pour rédiger des fictions interactives ou environnement d’écriture, j’aime expérimenter tout ce qui me permet de raconter des histoires et de m’amuser avec les mots et la narration, et partager le fruit de ces expérimentations.
Le coaching littéraire
Quand un·e auteur·ice a besoin d’un avis sur son texte et/ou de pistes et suggestions d’amélioration, iel me le soumet. Je mets à profit mon expérience de coach littéraire pour Rocambole en travaillant d’abord en amont sur le document, puis on revient ensemble en direct sur tout ce que j’ai relevé : commentaires, questions, suggestions… tout est bon pour comprendre et appréhender le texte et en tirer le meilleur.
L’écriture/réécriture/correction en direct de mes écrits personnels.
Ce sont des lives que je fais en journée. Ce sont les moins fréquents, parce qu’ils nécessitent un environnement calme que je ne parviens que difficilement à avoir en dehors des périodes scolaires. Au cours de ces séances, je rédige/corrige et commente mes écrits en direct.
Les Petits Disciples du Stylo
Ce projet est né de notre volonté commune de progresser dans l’écriture et d’aiguiser notre plume. Volonté parfois découragée par l’ampleur de nos projets et une ambition mal mesurée. De la même façon qu’on dit qu’il faut savoir marcher avant de courir, on dit aussi qu’en écriture, c’est bien de s’exercer d’abord avec de petits projets.
Nous avons donc lancé une idée, qui est devenue un défi à relever (pour les volontaires uniquement) : écrire pour Noël une nouvelle courte (dix mille signes espaces comprises maximum), mais patiemment retravaillée, dont on aura soigné tous les aspects qui composent la narration : point de vue du narrateur, show don’t tell, justesse des personnages et des émotions, pertinence de l’intrigue, enjeux motivants, vocabulaire précis et varié, syntaxe…
C’est avec cet objectif en ligne de mire que j’ai conçu le planning des streamings jusqu’à la fin de l’année.
Si le défi est relevé et que les participant·es acceptent, j’espère pouvoir présenter les nouvelles produites dans un petit recueil, évidemment intitulé « Les Petits Disciples du Stylo ».
N’hésitez pas à nous rejoindre pour cette quête littéraire et pour nos ateliers d’écriture ludique et créatives du mercredi. Bonne humeur, bienveillance et déconnade garanties \o/
C’est la rentrée et j’ai déjà une semaine de retard pour l’article du premier exercice d’écriture de l’année. Comme dirait Ophélie Winter, shame on me. Mais comme disait aussi je-sais-pas-qui, « mieux vaut tard que jamais ». Voici donc la présentation du nouvel exercice littéraire tendance de la rentrée 2020, j’ai nommé le Writionary.
Le Writionary, un exercice d’écriture ludique…
Le principe du jeu est simple. Vous aurez sans doute remarqué la troublante ressemblance du nom de notre petit exercice avec celui du Pictionary, sorte de « Dessinez, c’est gagné ! » où on pioche une carte, on lit ce qui y est écrit et, je vous le donne en mille, on le dessine. Et si les autres participant·es trouvent ce que c’est, vous avez gagné.
Le Writionary, c’est la même idée – soufflée par une des piliers de notre petite communauté fondée autour de la chaîne twitch – que j’ai éhontément adaptée en plagiant totalement le principe de la version dessinée (gribouillée, si on veut être vraiment précis·e – et honnête). On y a d’ailleurs joué mercredi dernier et c’était amusant. En plus d’être instructif.
… mais un exercice quand même !
Et oui, c’est subtilement que, sous couvert d’exercices ludiques hyper fun, je vous amène à travailler certaines techniques narratives, ni vu ni connu. Par exemple, avec le mutisme, on avait pu s’exercer sur la description, la précision et le vocabulaire autour des expressions faciales et de la communication corporelle.
Avec le Writionary, l’idée, c’est de travailler le fameux et incontournable show, don’t tell. On choisit donc ce qu’on veut (les prochaines versions seront peut-être plus encadrées) et on doit le faire deviner sans le dévoiler, rien que par l’écriture. Certain·es d’entre nous ont utilisé un générateur de mots pour l’inspiration, et on s’est lancé dans la rédaction individuelle de plusieurs petits textes (un par mot ou expression). À la fin du temps imparti, on a lu les productions et tenté de deviner le mot/expression décrit. On a eu des personnages, des métiers, des couleurs, des émotions…
Ajouter une légende
C’est un exercice difficile, mais qui permet de repérer ses failles et de les travailler. S’exercer à montrer les choses au lieu de les énoncer permet de produire des textes de bien meilleure qualité, beaucoup plus immersifs et qui favorisent l’empathie pour le personnage.
Par exemple, si on écrit :
Elle est dans le noir et elle a peur.
C’est très (trop) simpliste et un peu (beaucoup) expéditif. On a une banale énumération, façon liste de courses. On nous balance froidement deux infos, qu’on doit prendre pour argent comptant. Mais est-ce qu’on tremble pour « elle » ?
Le but du fameux Show, don’t tell, c’est de décrire : l’obscurité, le noir, les sensations que ça procure au personnage, puis d’embarquer læ lecteurice en lui montrant la peur, en détaillant les réactions physiologiques et émotionnelles qu’entraîne ce sentiment.
On pourrait donc décrire l’absence de lumière, de visibilité, la perte des repères spatio-temporels, les yeux qui s’écarquillent pour essayer de voir dans le noir, le rythme cardiaque qui accélère, la transpiration, le souffle, les muscles qui se crispent, le corps qui se recroqueville…
Il y a une foule de détails qu’on pourrait donner et qui rendraient le texte beaucoup plus dense, vivant, et beaucoup plus riche.
Pour illustrer tout ça, je vous propose le petit texte que j’ai rédigé mercredi dernier pour décrire la peur du noir :
L’ampoule grésille avant de rendre sa dernière étincelle. Elle meurt dans un crépitement fugace, emportant la lumière avec elle. Que vais-je faire, à présent ? Elle était mon dernier rempart contre la peur. J’écarquille les yeux à me les faire péter, mais rien à faire, je vois que dalle. Je tâtonne dans cette obscurité opaque. Je retire ma main brutalement quand je heurte une substance inattendue et répugnante. Je réprime une grimace d’un dégoût bien vite remplacé par une foule de questions. Qu’est-ce que c’était ? Est-ce vivant ? Est-ce dangereux ? Quel est ce bruit visqueux et gourmand qui se rapproche de moi ? J’ouvre grand les yeux, mais je ne vois rien.
Le Writionary #1
Mercredi 2 septembre 2020 est donc une date historique à retenir au même titre que celle de la prise de la Bastille (Hep ! Je vous vois la googler !), puisque c’est le jour béni qui a vu l’inauguration du Writionary en live (que vous pouvez revoir en différé).
En plus, c’est un exercice que vous pouvez parfaitement reproduire à la maison, sans aucun autre risque que celui d’améliorer vos compétences rédactionnelles et la qualité de vos textes.
Ah oui et… si vous voulez progresser, mais que vous ne voulez pas bosser tout·e seul·e dans votre coin, rejoignez-nous pour les ateliers d’écriture en live sur Twitch, tous les mercredis à 21h \o/
Pour cette quinzaine encore, je m’appuie sur un confrère pour les exercices d’écriture. Au lieu de vous proposer un exercice de mon cru, je vous embarque avec moi pour assister à ceux proposés par l’auteur Michael Roch.
Michael Roch, auteur et global narrative designer
Publié sur Rocambole avec deux séries, Twelve et Mortal Derby X (qui figure au top ten), Michael Roch est aussi l’auteur de plusieurs livres (dont Moi, Peter Pan et Le livre jaune). Ayant lu le début de Twelve, je peux dire qu’il a une plume efficace et percutante.
Alors que je réfléchissais de plus en plus à l’idée de faire des streamings autour de l’écriture (ce que je fais à présent), je suis tombée sur un tweet où il annonçait un atelier d’écriture en live. Je l’ai regardé par curiosité, puis je me suis prise au jeu, j’ai participé, et je me suis abonnée.
Lors de ses streamings, Michael Roch propose un contenu très varié : ateliers d’écriture, gaming littéraire ou encore séances d’écriture chill en mode papotage.
Latilié a lieu un jeudi sur deux et propose de travailler autour d’un thème précis. Au cours de ceux auxquels j’ai assisté, on a travaillé sur le dégoût et ce qu’on éprouve une fois qu’il est passé, et sur l’arrivée d’un·e étranger·ère dans un village isolé et des sentiments que cela peut susciter.
Il anime également des sessions « Déclencheur d’inspiration », au cours desquelles il propose une phrase, un court paragraphe comme point de départ, pour rédiger avec les spectateurs qui le veulent un texte collaboratif sur framapad. L’exercice #16
Les ateliers de Michael diffèrent un peu des miens et c’est pour ça que je vous invite à y assister. Bercé·es par le chant des zozios, on travaille dans une ambiance à la fois studieuse et détendue. La principale différence réside dans le fait que mes exercices se veulent avant tout ludiques et visent essentiellement à établir un lien entre écriture et plaisir. Avec Michael Roch, on aborde l’écriture de manière plus technique, plus approfondie. Les exercices sont plus cadrés, les consignes plus précises. Et on bénéficie des remarques et conseils (très avisés) d’un auteur compétent et bienveillant.
Pour cette quinzaine, en plus de proposer des pistes pour varier les plaisirs dans l’écriture, j’aimerais vous partager une fiction audio qui m’a beaucoup plu et beaucoup inspirée (notez la maîtrise de l’accord avec l’auxiliaire « avoir »). Ouvrons ensemble le Gobbledygook.
Rencontre avec le Gobbledygook
Écrite et racontée par Neil Jomunsi, le Gobbledygook est une fiction en huit épisodes d’une vingtaine de minutes et dont j’attends la suite avec impatience. Disponible sur plusieurs plateformes, dont Youtube et Spotify, elle m’a accompagnée pour la première fois sur la route vers le dernier apéROCAMBOLE. Dès le lendemain, après avoir récupéré de la bière et d’une courte nuit mouvementée, j’ai enchaîné les épisodes. Cette fiction suscite en moi deux envies. Pouvoir un jour écouter la suite. Et matérialiser chaque page de ce livre. Toutes celles que Neil a imaginées. Et toutes celles que j’aimerais ajouter.
Un jour, peut-être…
Le Gobbledygook
Le Gobbledygook est un livre magique, probablement maudit. Un mauvais génie qui réalise les souhaits de son ou sa propriétaire – même ceux qu’iel n’a pas faits – et qui lui en fait payer le prix. Un bienfaiteur envahissant et tyrannique qui ne souffre pas la désobéissance.
L’histoire ? Un auteur en mal de succès emménage dans l’appartement de son voisin récemment décédé. Au milieu du salon trône une étrange malle dans laquelle se trouve un livre enchaîné. Inconscient du danger, l’auteur délivre le livre et commence à le feuilleter. Page après page, il découvre un contenu hétéroclite et étrange.
Je vous invite évidemment à écouter ne serait-ce qu’un épisode de cette fiction audio divertissante et inspirante à souhait. Tellement inspirante que je m’appuie sur elle pour l’exercice de cette quinzaine.
L’exercice #15
Je vous invite à écouter au moins un extrait (pour celleux qui n’ont pas la patience ou l’envie d’écouter un épisode entier, j’ai mis un lien vers le passage concerné) et de vous en servir pour créer votre propre page du Gobbledygook. J’ai sélectionné deux passage de l’épisode 1, mais vous pouvez piocher où bon vous semble. Il n’est d’ailleurs pas improbable que je pioche dans d’autres épisodes pour de nouveaux extraits tout aussi inspirants.
Je vous propose d’en choisir un, mais je vous autorise évidemment à traiter les deux extraits :
Ici, une liste succincte et implacable de six choses à faire avant de mourir. Je vous propose de faire votre propre liste, limitée également à six items. Vous pouvez y mettre vos propres souhaits, mais l’intérêt ici étant de favoriser la créativité et l’aspect ludique de l’écriture, on peut tout aussi bien éviter de se plonger dans une douloureuse et angoissante introspection. Pour que ce soit plus fun, je suggère d’ajouter une restriction à la liste :
six choses amusantes à faire avant de mourir
six choses à faire dans l’espace avant de mourir
six choses à faire seul·e/avec son voisin/avec sa mère/avec son chat… avant de mourir
six choses à dire avant de mourir
six personnes à tuer avant de mourir
etc
Il est évidemment recommandé de rédiger une explication – brève ou détaillée – de ses choix.
Pour cette quinzaine, j’ai eu envie de proposer un exercice inspiré par une lettre attribuée à George Sand. Je ne sais pas pourquoi, elle m’est revenue en tête la semaine dernière et je me suis dit « Tiens, c’est parfait pour un exercice d’écriture ! » (que j’ai l’espoir de tenter moi-même depuis longtemps mais… le temps, tout ça…).
La lettre de George Sand
L’histoire dit que c’est une lettre codée que l’écrivaine aurait envoyée à son amant, Alfred de Musset. Il s’est en fait rapidement avéré que c’était un canular. Les deux amants avaient toutefois bien une correspondance codée – mais un rien moins spectaculaire puisqu’il s’agissait d’une forme d’acrostiche, le message caché étant simplement composé du premier mot de chaque vers.
Ça fait un peu mal d’écrire ces trois mots, je ne vous le cache pas. L’Ode à Hitler est un poème composé par un résistant qui dissimule son véritable message dans un texte d’apparence pro nazi. Ici, il faut couper le texte en deux aux hémistiches.
Se dévoilent alors deux textes beaucoup moins nazi friendly. Ce qui est particulièrement intéressant, c’est que l’auteur exprime son propos dans un texte qui dit carrément le contraire de ce qu’il pense, puisqu’il annonce une bonne raclée pour les allemands dans un texte qui glorifie le führer.
L’exercice d’écriture #14
On en est à quatorze ateliers, cinq depuis que j’ai repris la publication des exercices d’écriture. Il est donc temps de cesser de vous préserver et de se mettre au travail. Pour cette quinzaine, je vous propose (bah oui, je suis quand même pas un monstre) de rédiger deux textes – un pour chaque méthode. Vous n’êtes évidemment pas obligé⋅e de traiter les thématiques des originaux et d’écrire des lettres cochonnes cachées derrière des mots d’amour ou de clamer au monde votre amour pour Macron tout en lui crachant à demi vers votre colère arrosée de postillons coronavirussés (fallait nous filer des masques).
J’accepterais tout à fait une lettre de rupture déclarant un amour sans borne ou un poème sur les joies de la maternité qui en révélerait secrètement les difficultés. Par contre, pour la lettre, on est bien d’accord qu’on parle de la version difficile, hein !
Engagé ou léger, virulent ou poétique, tendre ou indécent, comme chaque fois, ce qui compte, c’est que vous preniez du plaisir à écrire.