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Exercice d’écriture : poser les bases narratives d’une histoire avec Fracture

Contrairement à ce que son nom semble indiquer, Fracture n’a rien à voir avec une quelconque histoire d’os brisés. Vous découvrirez l’histoire de son nom dans le pdf des conseils d’utilisation de cet outil, qui n’a d’autre vocation que de vous accompagner dans la création de vos histoires, de vous divertir et d’encourager la créativité et le fun.

Support d’écriture créative et ludique, Fracture peut aussi bien être un outil de création d’histoires qu’un jeu de rôle ultra libre invitant ses joueureuses à un délire total et irrévérencieux (voir l’exemple dans la notice).

Un support pour poser les bases narratives d’une histoire

Cet outil ludique, conçu à partir du jeu Fractal, a été créé à partir de mon expérience d’autrice et d’éditrice, de ce que j’ai pu apprendre en termes de narration, notamment en travaillant avec Julien Simon, mon responsable édito chez Rocambole/Doors.

Je l’ai conçu pour aider les personnes qui le souhaitent à créer et/ou développer leur intrigue à partir de six éléments essentiels à une bonne histoire, à savoir les personnages, leurs relations, leurs désirs, leurs besoins, les obstacles et les enjeux.

Un support d’écriture créative

Avec Fracture, vous pouvez tenter, oser, inventer, innover. En se laissant guider par les dés, on peut développer, aller plus loin, s’ouvrir de nouvelles pistes à explorer auxquelles on n’aurait jamais pensé. C’est l’outil idéal pour expérimenter une idée, la tordre dans tous les sens et voir comment on peut l’améliorer, l’étoffer et rendre l’histoire encore plus prenante, ou encore plus délirante !

Une carte mentale pour relier ses idées
Une carte mentale pour relier ses idées
freepik

Un support d’écriture ludique

Fracture, c’est aussi le moyen de laisser libre cours à ses délires et à sa fantaisie, de se laisser aller à l’absurde, juste pour le plaisir d’inventer des âneries et de se marrer. Parce qu’un des objectifs de l’outil, et de mes ateliers en général, c’est de proposer des exercices qui permettent de trouver du plaisir dans l’acte de création et d’écriture. Parce qu’il ne faut pas forcément souffrir pour écrire.

L’exercice d’écriture du mois

Choisissez l’angle d’approche qui vous convient (ludique, narratif, expérimental) et posez les bases d’une histoire à partir d’une partie de Fracture. Pour l’instant, ne vous posez pas de questions sur la rédaction ni le style. Contentez-vous de poser les bases narratives d’une histoire en vous aidant de Fracture (ça m’aidera aussi à mesurer l’efficacité de mon outil :p ), à savoir vos personnages, leurs interactions et ce qui les motive.

Rendez-vous dans la prochaine Niouzlet pour voir ma propre tentative !

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Le "show, don't tell" du mangeur de pierre

« L’histoire sans fin« , c’est un de mes films préférés et ce, depuis
toujours. J’ai enfin pu le faire voir à mon fils, en ayant un peu peur
de ne plus ressentir la magie, mais si, elle était bel et bien là. Il y
aurait beaucoup à dire sur ce film (et sur le livre, mais je ne le
connais pas) et j’aurai sans l’ombre d’un doute l’occasion de brandir à
nouveau des bouts de ce film doudou. Mais pour l’heure, c’est une
réplique du Mangeur de pierre qui nous occupe.

Petit rappel contextuel

 Pour les profanes, petit rappel (attention, divulgâchage) :

On rencontre le mangeur de pierre au début de l’histoire. Alors qu’il parcourt Fantasia pour prévenir le pays du danger que représente le Néant, il croise la route d’un drôle de bonhomme et son escargot de course, ainsi que d’un vagabond et sa chauve-souris narcoleptique. Ils décident de prendre la route ensemble.

On ne revoit le mangeur de pierre que bien plus tard, quand Fantasia a presque entièrement disparu, engloutie par le Néant. Atreyu, en route pour le palais impérial, tombe sur le mangeur de pierre, seul, assis à même le sol, en train d’observer ses mains. Il a alors cette réplique déchirante :

On dirait de bonnes grosses mains pleines de vigueur.

Cette phrase lourde de sous-entendu, et l’air désolé du mangeur de pierre, suffisent à nous peindre le tableau du drame qu’il a vécu.

 Tell, don’t show

Attention, ça va sembler complexe, mais c’est simple. Au lieu de nous faire un flashback pour nous montrer ce qui est arrivé à ses acolytes (ce qui aurait été incroyablement convenu et chiant), le mangeur de pierre prononce cette simple réplique. Pour qui a suivi et se souvient du début de l’histoire, elle est limpide.

Mais le mangeur de pierre est bien obligé de faire un court débrief à Atreyu, qui, le pauvre, est complètement largué. On a donc la confirmation que le Néant a englouti les amis du mangeur de pierre et que celui-ci, malgré tous ses efforts, n’a pas réussi à les retenir. Mais… la réelle vocation de cette réplique est-elle de nous informer ?

Make me feel, don’t tell

Assurément non, puisque le mangeur de pierre raconte ensuite comment ses amis ont été emportés par le Néant et comment il a été incapable de les sauver. Cette réplique, bien qu’elle l’annonce, ne montre pas la disparition tragique des compagnons du mangeur de pierre, elle exprime bel et bien sa détresse face à ce drame et à son échec à les sauver. Elle est là pour l’empathie.

Il pourrait se contenter de raconter à Atreyu ce qui est arrivé à ses amis, mais il serait alors un simple narrateur, un personnage accessoire au service de l’intrigue. Mais le mangeur de pierre est plus que ça. Cette réplique en fait un personnage crédible, vivant et attachant. On comprend, et on ressent sa détresse. Ce qui fait qu’on ne l’oublie pas, malgré son faible temps d’apparition à l’écran.

Avec une seule petite phrase…

La force des dialogues

Les dialogues, quand ils sont bien utilisés, sont un outil fantastique. Ils peignent les couleurs d’un personnage. Son vocabulaire, ses intonations, ce qu’il choisi de dire ou ne pas dire, sont autant d’informations qui permettent de le décoder. En revanche, il n’y a rien qui sonne plus faux que des dialogues utilitaires, qui servent à résumer ce qu’on a déjà vu ou ce que les personnages qui discutent ont vécu ensemble.

C’est pour ça que cette phrase du mangeur de pierre a un tel impact : elle fait résonner très fort les émotions de ce personnages, pour les faire arriver jusqu’à nous.

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[décorticage littéraire] La pub Banga, ou l'imaginaire pour frapper les esprits

Avant toute chose, la pub Banga, c’est ça :

    Les personnes de ma génération connaissent toustes cette pub et son hymne « En route pour l’aventure ». Alors qu’on a oublié toutes les pubs Nutella et leur succession d’enfants trop lisses. À quoi ça tient ? Pas à la qualité du produit, ça, c’est certain !

L’incursion du rêve dans la réalité

    Banga, qui ne pouvait pas miser sur la qualité de sa boisson – ni sur son originalité – a trouvé le meilleur canal pour parler à nos âmes d’enfants : l’imaginaire. « En route pour l’aventure ! » nous clame la chanson de la pub. Mais comme il ne suffit jamais de le dire, Banga nous montre à quel point sa boisson chimique sait réveiller l’aventurier qui sommeille en nous (dire… montrer… vous l’avez ? ). Et voilà que l’enfant qui jouait mollement à l’aventurier dans son couloir d’une banalité désolante se retrouve propulsé dans une jungle luxuriante. L’aventure s’invite dans son morne quotidien, à grand renfort de rivière bouillonnante et de crocodile affamé.

Marquer les esprits

    C’est ce qui fait qu’on se souvient de cette pub et que, trente ans après, les quadras chantonnent encore « On ne résiste paaaaaaas… à l’appel du Banga ! ». L’incursion de l’imaginaire dans la réalité rend le moment plus intense, à tel point qu’il en devient inoubliable. Oui, trente ans après, on voit encore parfaitement cet enfant traverser la jungle de son couloir de liane en liane en faisant la nique à un crocodile menaçant. On avait en revanche totalement oublié la mère Barbara Gould digne d’un spot pour Kinder, dont on a d’ailleurs oublié toutes les pubs. Ne reste des pubs Nutella que l’arrière-goût insipide du quotidien trop lisse et trop parfait d’une famille tout aussi fake que le goût de la pâte à tartiner. L’image aseptisée de notre vie, ou de ce qu’elle est supposée être. Franchement, qui cela fait-il rêver ?

Comment on fait dans nos livres, alors ?

    Je vous vois venir. Ne comptez pas sur moi pour vous donnez des injonctions ni même des conseils d’écriture dans les décorticages littéraires. Le but de cette rubrique est de partager des techniques, des idées, de l’inspiration. Parenthèse magique, rêve éveillé, impression fugace… À vous de trouver si et comment vous frapperez les esprits avec vos écrits.

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Introduction au décorticage narratif

C’est un exercice tout neuf qui voit le jour sur ce blog (et signe en quelque sorte sa résurrection après une longue période de coma) : le décorticage narratif. Le principe ? Extraire des principes et techniques narratives de morceaux choisis (chanson, clip, dessin animé, film, série, fiction interactive, jeu vidéo… tout ce qui sert à raconter une histoire).

 Le pourquoi du comment

    Il y a quelques jours, au cours d’une discussion Mastodonesque très intéressante avec Stéphane Arnier sur le point de vue et le temps de narration (je vous recommande d’ailleurs ses articles ! ), j’ai eu recours à des chansons pour illustrer mon propos (et défendre l’indéfendable, la narration au présent ET à la première personne).

Depuis que j’ai lu ses articles sur le sujet, je cogite pas mal et je me suis dit que ça pourrait être intéressant de partager le fruit de ces réflexions. Intéressant pour vous, mais aussi pour moi, puisque ça m’incite à analyser toutes les formes de narrations qui me tombent sous la dent (manie que j’ai déjà, de façon plus ou moins consciente). Et parce que c’est INSPIRANT.

Décorticage n°1 : la narration au présent ET à la première personne

    J’avais prévenu, je défends ici l’indéfendable. Contre vents, marées et toustes celleux qui clament que le seul temps de narration est le passé simple, je me dresse et je dis « Non ». La narration à la première personne ? Je dis « Oui ». Mais, parce que l’adage qui dit qu’il faut connaître les règles avant de s’en affranchir dit vrai, j’ai arrêté de me reposer depuis quelques années sur mes acquis par imprégnation et j’ai bossé la théorie. Et aujourd’hui, je sais pourquoi j’aime écrire au présent. Et parfois à la première personne. Encore mieux, je sais même l’expliquer !

La narration au présent et à la première personne : cas pratique en chansons

    La première chose qui m’est venue au fil de ma réflexion, c’est « Comme d’habitude ». Dans cette chanson, Cloclo utilise le présent pour illustrer la monotonie, la routine de ce quotidien sans passion. Mais surtout, ce que j’aime, c’est qu’il délivre le regard désabusé du personnage sur son couple à l’agonie, ce qui est appuyé par la première personne : il se regarde vivre et agir et le récit qu’il fait de sa vie porte la couleur de son jugement et de son désespoir :

« mais toi »

« presque malgré moi »

« tout seul, je bois mon café « 

extrait des paroles de « Comme d’habitude »

Mais un seul exemple ne suffit pas, la science vous le dira. Alors j’ai confronté deux chansons des Rita Mitsouko : « Andy » et « Les histoires d’A ». Dans la première, le texte est au présent parce que la narratrice est spectatrice de l’histoire, qu’elle raconte au moment où elle se passe, pour finalement en devenir actrice : « Dis-lui oui, Andy » (qui fait d’ailleurs écho au « Dis-moi oui, Andy »). Dans « Les histoires d’A », le texte est au passé, parce qu’on nous raconte une succession d’anecdotes qui illustrent le propos de la chanson : les histoires d’amour finissent mal.

extrait des paroles de « Andy »
extrait des paroles de « Andy »
extrait des paroles de « Les histoires d’A. »

Conclusion

    Ce que j’aime avec le présent, que ce soit à la première ou à la troisième personne focalisée, c’est qu’il donne le regard du personnage sur son histoire au moment où elle se déroule. On a donc ses émotions, ses sentiments, ses impressions, ses réactions au plus proche de l’action. Le texte au présent nous délivre la vérité du personnage. Sa vérité immédiate, contrairement au passé, qui lui permet de tricher en apportant des ajustements et corrections rendues possibles par le recul que permet la distance temporelle.

Quant à la première personne, c’est un peu la même chose. Le « je » me donne l’impression d’être avec mon personnage, d’être au plus près de son ressenti et de sa vérité, là où la troisième personne met une distance entre lui et moi, et lui et son histoire. C’est toutefois une narration piégeuse et je vous invite à lire les articles de Stéphane Arnier sur le sujet avant de vous lancer !